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Système éducatif en Algérie

Les dogmes piègent l'école

La rentrée scolaire est repoussée au 21 septembre, les élèves auront eu plus de trois mois de vacances. Quelle est la répercussion sur le rythme des élèves?

Yazid HADDAR*

La question du rythme des élèves reste délicate, car, entre les débats idéologiques sur les langues, imposés aux élèves et les prérogatives d'apprentissage scolaire, la question du rythme est renvoyée aux calendes grecques, Ainsi que la question du respect du développement psychologique de l'enfant. En effet, le débat sur l'école en Algérie est toujours passionnant et sujet d'actualité. Chaque ministre vient avec ses convictions idéologiques et politiques. À l'image de notre société, qui est scindée entre la pensée moderniste, qui veut une école ouverte sur le monde et une pensée conservatrice (entre religion et identité) refermée sur elle-même. Chaque idéal incarne une langue et une identité. L'ex-ministre de l'Education nationale, en l'occurrence Nouria Benghebrit, a réussi à impulser un espoir pour sortir de cet antagonisme idéologique, moderniste conservateur, pour introduire une démarche scientifique dans l'enseignement et son évaluation, comme le classement Pisa en mathématiques et en sciences. Cependant, depuis son départ, nous n'avons eu aucune information sur ce classement. Comme tout débat passionnant, l'ex-ministre n'a pas été épargnée par les critiques des conservateurs, qui essayaient, malheureusement, de lui imposer une feuille de route! Bizarrement, avec l'actuel ministre, ce courant idéologique n'émet aucune contestation! Que comprendre? L'école est-elle sous leur contrôle?

La pensée conservatrice
Dans une chronique, l'écrivain Amine Zaoui s'alarme de la présidence de la Commission de l'éducation, au sein du Parlement algérien, l'Assemblée populaire nationale, par le MSP, qui est le représentant «officieux» des Frères musulmans en Algérie, selon l'écrivain. A-t-il raison? Ses inquiétudes sont légitimes, car la prise de cette Commission va forcément formater, prédominer et renforcer la pensée conservatrice dans les apprentissages scolaires et surtout dans la culture pédagogique par la tenue vestimentaire et subordonner la culture scolaire au pouvoir du religieux. Il est important de signaler que la pensée conservatrice est composée de deux courants politiques: les nationalistes (berbérophones, arabophones ou francophones) et les religieux (modérés/radicaux, pas de distinction linguistique). Cette nouvelle réorientation politique date de la prise des identitaires religieux (non-baâthiste) du parti unique. Désormais, elle a été renforcée non pas uniquement par «la sacralité» de la langue de l'enseignement, mais également de la «légitimité» historique dans la constitution de l'Identité nationale. La preuve, aujourd'hui, l' excommunication de toute pensée et réflexion en dehors de la pensée «dominante». Les espaces de débats sont de plus en plus réduits pour plusieurs raisons, que nous n'allons pas développer ici. Cependant, ce débat a occulté d'autres points cruciaux, auxquels les parents et les élèves se heurtent au quotidien. On peut les résumer en quatre axes: structurel, pédagogique, formation et recherche.

Troubles du langage
Au niveau structurel, à ce jour, les enfants en situation de handicap, qu'ils soient intellectuel (déficience intellectuelle), troubles du spectre autistique (TSA), troubles d'apprentissages (les DYS), troubles du langage, troubles praxiques, troubles moteurs, etc., l'Éducation nationale n'a pas mis en place des dispositifs spécifiques pour les accompagner ni au niveau scolaire ni au niveau professionnel. Au niveau professionnel, à ce jour, il n'y a pas de visibilité sur le parcours professionnel d'un jeune lycéen, par exemple, quand il souhaite faire la boulangerie, pâtisserie, restauration, comptabilité, gestion, etc.
Au niveau pédagogique, il existe des lacunes dans l'enseignement des arts, de la musique, de la lecture. La place accordée aux spectacles et aux visites culturelles (musées, cinémas, expositions artistiques, etc.), est inexistante. Quelques tentatives d'introduire de nouvelles méthodes pédagogiques de l'enseignement des sciences, de la littérature, etc., ont eu lieu, cependant, elles restent réduites à quelques espaces géographiques. De plus, la culture pédagogique ne doit pas être réduite aux nouvelles technologies, c'est-à-dire à l'introduction des ordinateurs, des tablettes, etc., qui peuvent être bénéfiques ou néfastes, selon l'usage qu'on en fait, elle doit également introduire d'autres types d'intervention et de méthodologie de travail. L'exemple de l'histoire est important. Pourquoi ne pas faire venir une personne qui peut raconter comment nos aïeux vivaient avant, leur consommation, leur architecture, etc., ou faire visionner un film qui rapporte ces informations?La formation et la place des formateurs dans l'enseignement sont prépondérantes, avec la qualité et les outils proposés dans le cadre. Par exemple, les modules proposés au cours des trois années de formation doivent être révisés et réadaptés aux nouvelles données et à la mutation de la société. L'importance d'enseigner la psychologie du développement, ce qui permettra aux futur(e)s enseignant(e)s d'adapter les outils et les objectifs selon l'âge de développement, est évidente. L'enseignement des troubles de l'apprentissage et à qui s'adresser pour poser les diagnostics (surtout l'après diagnostic), peut aider les enseignants et les parents à comprendre les difficultés de l'enfant. La formation continue est toujours d'actualité également, qu'en est-t-il? Au niveau de la recherche, il existe peu de cen-tres de recherche sur les apprentissages, la pédagogie, l'échec scolaire, etc., au niveau de la tutelle (ministère de l'Éducation nationale), au niveau des universités ou dans les instituts de recherche privés.

Former les formateurs
De même, au niveau de la publication, il existe peu de recherche sur l'enseignement des matières spécifiques (les mathématiques, les langues, etc.), pour cerner et comprendre les problématiques scolaire et éducative. L'absence de revues scientifiques dans le domaine a appauvri le débat intellectuel sur l'enseignement en Algérie, cependant qu'elle l'a réduit au clivage dogmatique souligné plus haut. En effet, sortir de ce clivage nécessite une volonté politique et un engagement de la société civile, surtout au niveau des associations de parents d'élèves, des associations qui enrichissent le débat sur l'école (méthode d'enseignement, pédagogie, psychologie et/ou neuropsychologie scolaire, etc.), les syndicats, etc. Cependant, ce débat est souvent miné par des idéologies où la pensée moderniste cède, de plus en plus, sa place à la pensée conservatrice. L'avenir de la société est-il déjà joué? Ou sera-t-il préservé? L'avenir nous le dira! 

*Neuropsychologue

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