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Le volontarisme à travers notre histoire anticoloniale

Une valeur qui a libéré puis reconstruit le pays

À titre indicatif il convient de rappeler que le nombre oscillant entre 250 et 800 étudiants pour l'université d'Alger et entre 1 400 à 2000 pour celles de France était dérisoire par rapport à la population indigène estimée à quelque10 millions d'habitants.

Par Chabane Mahmoud 

C'est là, la résultante de l'application de l'un des aspects de la politique discriminatoire mise en oeuvre par l'administration coloniale à travers le «Code de l'indigénat» qui limitait l'accès à l'éducation qu'aux seuls indigènes assimilés, auxiliaires de la colonisation.
Sans hésiter, nos lycéens et nos étudiants avaient abandonné les conditions relativement confortables que leurs offraient les internats et les campus universitaires et renvoyé aux calendes grecques la promesse d'une promotion sociale enviée pourtant par tous (ascenseur social par les études réservées d'ailleurs à une catégorie de privilégiés) pour des conditions matérielles de vie très rudes et très difficiles, qu'offraient nos maquis. Il est vrai que le recouvrement de la dignité n'a pas de prix!
L'engagement des étudiants au côté du peuple algérien certes, symbolique par rapport aux besoins colossaux que requiert cette mission historique, mais très précieuse, faut-il le souligner, avait permis de doter la Révolution pour la libération nationale de l'encadrement qui lui faisait cruellement défaut. Pour eux, il était hors de question de vivre en marge de la société dont ils faisaient partie. Leur place était naturellement aux côtés de leurs compatriotes engagés dans ce combat libérateur pour encadrer, soigner, aider, apporter un plus, car la libération du pays était aussi leur affaire. Et dire que même la guerre psychologique connue sous le nom de «bleuite», oeuvre diabolique, pensée et mise en oeuvre par le sinistre capitaine LEGER dont le but était de semer le doute et la suspicion parmi les combattants, n'avait pas dissuadé les étudiants à accomplir leur devoir vis-à-vis de la patrie en rejoignant le mouvement révolutionnaire de Libération nationale.
Par fidélité à leurs aînés qui ont au prix d'énormes sacrifices libéré le pays du colonialisme barbare et destructeur, les étudiants des universités postindépendance n'ont pas manqué de perpétuer la pratique du volontariat-bénévolat considérée comme un acte démocratique visant à canaliser et à mettre au service de la collectivité et du vivre ensemble, leurs savoirs, leur énergie débordante, à donner de soi sans rien attendre, en allant rejoindre sur le terrain les bâtisseurs de l'Algérie indépendante.

La jeunesse étudiante
C'est naturellement et spontanément que la jeunesse étudiante avait dès l'indépendance consacré ses week-ends et/ou ses vacances, à venir en aide aux côtés d'autres populations, aux travailleurs agricoles pour lever les récoltes pendantes et effectuer d'autres tâches aussi importantes et urgentes les unes que les autres (reboisement, reconstruction de villages et d'écoles, mise en valeur des terres...). Parmi ces bâtisseurs, il y avait les jeunes appelés du Service national, en majorité des étudiants universitaires affectés à des tâches civiles telles que l'application de la révolution agraire, l'enseignement, la médecine, la construction de routes, de villages agricoles,...
Les retrouvailles sur le terrain de l'édification du pays des étudiants et des appelés du Service national ont contribué à permettre aux populations rurales souvent enclavées de recevoir des médecins, des éclairages et des conseils pratiques sur des sujets divers et variés, et aux étudiants de s'imprégner et de comprendre les réalités du terrain en vue de les faire connaitre aux autorités du pays. Il convient de noter que ces étudiants, du fait de la sincérité de leurs actions non polluées par les discours des apparatchiks du système, du dynamisme et de la disponibilité dont ils ont fait preuve, étaient très appréciés par la population rurale et très attendus par cette dernière.
À l'instar de leurs aînés qui ont déserté les bancs de l'université d'Alger et de celles de France ainsi que des lycées pour rejoindre les maquis et les réseaux de combattants, les étudiants de l'Algérie indépendante sacrifiaient leurs vacances et week-ends pour rejoindre sur le terrain de l'édification nationale leurs compatriotes et apporter leur pierre à l'ouvrage et ce sans attendre de contrepartie ou un quelconque avantage. Leur seule satisfaction se résumait au sentiment du devoir accompli et au fait d'avoir été utile, modestement, à la population rurale vivant dans un milieu qui portait encore les stigmates du colonialisme dévastateur qui avait grandement besoin de soutiens.
Même si l'objet de ma contribution n'est pas de procéder à une évaluation des apports qualitatifs et quantitatifs de ce volontariat-bénévolat qui semble pour le moment ne pas intéresser nos universités et encore moins l'administration, je me devais de rappeler tout au moins, les deux faits importants suivants:
1. Sans l'apport des appelés du Service national et des Comités universitaires d'étudiants volontaires, la mise en oeuvre des opérations d'application de la révolution agraire n'aurait jamais connu le même dynamisme et le même niveau de réalisation. Leur présence sur le terrain dès le début de la mise en oeuvre de cette mission d'intérêt national a contribué grandement et positivement à amener les administrations chargées de son exécution, pas toujours acquises à cette tâche et c'est le moins que l'on puisse dire, à lever les blocages de toute sorte;

Les réalités du terrain
2. Les étudiants imprégnés des réalités du terrain élaboraient, au terme de chaque campagne, les rapports de wilaya et le rapport national relatant les réalités du terrain décrites et exposées sans complaisance et avec soin lors du séminaire national, aux autorités supérieures en présence du chef de l'État. Il y a lieu de noter que ces rencontres étudiants -volontaires et autorités de l'État n'avaient rien de folklorique ou de pure forme. Des décisions étaient prises. Pour corroborer cette affirmation il convient de rappeler que c'est à la suite d'un séminaire national que la question de doter le pays d'une Constitution avait été publiquement posée par les étudiants au président du Conseil de la Révolution et chef de l'État. Les étudiants avaient été écoutés.
Leur contribution à l'oeuvre de Libération nationale et de reconstruction du pays par le volontariat reste donc incommensurable et un marqueur indélébile important de la période postindépendance des années 1960/70. Hélas, comme il fallait s'y attendre, le mouvement des étudiants-volontaires né en 1956 pour contribuer à la libération du pays et plus tard, à sa reconstruction n'a pas survécu aux changements intervenus après le décès du Président de la République intervenu en décembre 1978. Il faut dire que la présence de la jeunesse sur le terrain et leur travail auprès de la paysannerie agaçaient et dérangeaient les apparatchiks défenseurs zélés de la politique ultralibérale d'Infitah instaurée dès le début des années 1980.
C'est d'ailleurs dans le sillage de l'Infitah que les maîtres de céans, sans faire aucun bilan de ces actions de volontariat-bénévolat, se sont empressés d'interrompre net toutes les actions de volontariat citoyen et estudiantin. Et pourtant!

Les pratiquants de l'Infitah
Ils savaient que leur apport inestimable avait grandement contribué à éclairer le monde ouvrier en général et agricole en particulier d'une part, et aux volontaires de mieux s'imprégner des la jeunesse étudiante, d'autre part. La synergie créée par le mouvement du volontariat (estudiantin et/ou de masse) entre les producteurs et les universités qui n'en finissait pas de prendre de l'ampleur a certainement été perçue par les partisans et les pratiquants de l'Infitah et de l'article 120 du statut du FLN comme dangereuse. C'est aussi vrai que la culture de l'oubli ne s'accommode pas de bilans. Pour résumer, il convient de préciser que la rédaction de cette modeste contribution nous est dictée par le besoin de:
1. briser, un tant soit peu, le silence assourdissant qui entoure depuis près de 42 ans le mouvement de volontariat-bénévolat estudiantin qui avait contribué avec abnégation et un esprit de sacrifice élevé pendant plus de 23 ans à la réalisation des objectifs communs au peuple algérien pour son bien-être et son développement économique, social et culturel et permis à nos étudiants de semer le progrès dans les très nombreuses communes touchées d'une part, tout en s'imprégnant de réalités du terrain, d'autre part;
2. affirmer qu'il est plus que jamais souhaitable que le mouvement de volontariat-bénévolat estudiantin s'arrache des oubliettes dans lesquelles il a été injustement jeté pendant de longues années pour reprendre sa place de phare du monde rural en particulier, contribuant, comme il l'avait si bien fait avant, à atténuer les souffrances de ce dernier et à rétablir les liens avec les habitants marginalisés et délaissés par quatre décennies d'Infitah dans les milliers de zones dites d'ombre. Ces zones où se jouent dans de larges proportions, l'avenir de notre indépendance alimentaire et la maîtrise de l'exode rural (cette «bombe» que nous a laissée la France coloniale) ont besoin d'être impérieusement soutenues par des gens sincères, compétents, désintéressés et crédibles, ces qualités que le monde rural a trouvé chez nos étudiants volontaires - bénévoles dans les années 60 et 70. Il peut être aussi au diapason des attentes de ces populations, de par sa fraicheur et la sincérité de sa présence sur le terrain, le fer de lance de la politique de réparation des dommages causés à notre biotope par la colonisation mise en oeuvre en 1976 à travers la réalisation du monumental Barrage vert.
3. attirer l'attention de mes compatriotes, à fortiori notre jeunesse qu'il est de notre devoir de rester vigilant face à toutes les formes de perversion et de remise en cause des valeurs partagées qui font le socle de notre société, de notre pays et dont la réhabilitation pourra nous permettre de défendre le vivre ensemble, l'esprit de solidarité et d'entraide en assurant pour toutes et pour tous, le progrès économique et social indispensable et nécessaire pour une Algérie véritablement nouvelle à laquelle notre peuple aspire et appelle de tous ses voeux. Cette Algérie pour laquelle des millions et des millions de jeunes et de moins jeunes ont volontairement et bénévolement, par devoir et en toute conscience, consenti des sacrifices dans le cadre de leur participation aux luttes pour la libération du pays et, plus tard durant les années 1960/70, pour son édification vers plus de progrès et son développement...
Il reste à espérer que, comme l'avaient fait hier nos prédécesseurs, que soient canalisés à travers le volontariat, toute l'énergie dont nous débordons individuellement et collectivement (le mouvement citoyen de février 2019 en est la démonstration magistrale) et notre attachement viscéral à notre pays. De la sorte, nous serions sans nul doute, à hauteur de cet enjeu majeur qui est celui de la consolidation des liens de fraternité et la participation à l'édification de l'Algérie de nos rêves, celle qui se doit d'être inscrite dans les principes d'égalité des chances en tout lieu de notre vaste territoire, à travers une juste répartition des richesses...

* Agronome

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