L'Expression

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«LE DEFI D’UNE FEMME» DE MERIEM BOUAOUD

Face aux échecs et à la haine

Lorsque la vie enseigne qu’un être mauvais ne devient jamais quelqu’un de bon, jamais..., elle devient une chose grave...

Mériem Bouaoud, qui vient de publier Le défi d´une femme (*), nous raconte des événements authentiques qui ont traversé sa propre vie. En effet, en page 4 de la couverture de son livre, elle écrit: «Ma bonne humeur me fait apparaître, aux yeux de tous, telle une femme qui n´aurait jamais souffert.» Effectivement, c´est ce que l´on pense d´elle de prime abord. Mais ce visage au sourire calme n´est qu´un masque façonné par une sérénité pudique. «Or, explique-t-elle, j´ai connu la maladie, j´ai affronté l´obscurantisme, je me suis brûlée aux promesses non tenues, j´ai essuyé les échecs et la haine. Lorsque, plusieurs fois, j´ai vu le temps du bonheur se dessiner, une nouvelle désillusion est venue fracasser l´espoir...» En page 7, elle précise l´objet de son propos en narratrice sagace: «Cet ouvrage relate l´histoire dramatique d´une Algérienne. Mériem a quatorze ans. Surprenant une conversation entre ses parents, elle com- prend qu´ils vont la marier à un homme qu´elle n´a jamais vu. Son époux légal´´ lui apparaît pour la première fois le soir de la réception dans la chambre nuptiale. Il a presque le double de son âge. Comment t´appelles-tu?´´ demande-t-il seulement à l´adolescente qui est prostrée dans un coin de la pièce.» Puis l´auteur semble se dévoiler pour se faire reconnaître sans équivoque et conclure son clair avertissement au lecteur: «A quarante-neuf ans, Mériem Bouaoud craque...Elle décide de quitter famille et patrie et de s´exiler en Italie...»

Une tradition féodale

Le récit est donc autobiographique, et c´est son intérêt premier. Il est écrit sans fioritures de style ni enjolivement littéraire. C´est direct, franc, courageux et plus fort qu´un document. Tout ce qui, au cours de ce récit, va surpren- dre, toucher, étonner, révolter le lecteur, c´est certainement les faits rapportés qui - hélas ! trois fois - n´ont au demeurant rien d´original. Car enfin combien de filles, combien de femmes, muselées par de fausses traditions issues de la tradition féodale, par des us et coutumes rétrogrades, souffrent en silence, encore de nos jours, en notre pays et ailleurs, partout dans le monde! Le combat féminin, pour une place honorable parmi la société humaine tout court, mais où aussi le règne masculin, sans partage, est plein de gloriole, n´a pas tout à fait éveillé les consciences qui se proclament d´une civilisation capable d´assurer aux générations prochaines de vivre dans une humanité heureuse et généreuse, c´est-à-dire pleinement culturelle.
Sans doute qu´ici le problème est complexe et que l´on ne se défait pas en une seconde du poids d´un orgueil accumulé depuis que l´homme est l´homme, et que la femme est la femme. Mais il n´est que de mettre en exercice ce que des hommes exceptionnels ont, sur notre planète, commencé par une idée, par une parole, par une action, par une loi, à faire avancer, résolument dans la voie du respect et de la considération de l´Autre, les couples, et, par ainsi, toute la société dont ils se sont sentis responsables. Aussi avons-nous, dans Le défi d´une femme, à apprendre la succession de souffrances endurées par Mériem - parce que et surtout elle est une fille - et à comprendre ses tentatives, chaque fois renouvelées, chaque fois échouées, de s´arracher à une destinée malheureuse. Chez ses parents, Mériem est l´unique enfant, «née quinze ans après leur mariage, en 1946». Cependant, ni le père ni la mère n´ont de l´affection pour elle. L´un «avait la main lourde», l´autre «l´avait particulièrement leste et sa langue était blessante.» Une fille à la maison étant considérée dans cette famille comme «une bombe» dont il faut se débarrasser, Mériem n´ira donc pas à l´école au-delà des premières classes du primaire. A neuf ans, elle devient la servante humiliée et exploitée de ses parents qui, dès qu´elle a quatorze ans, s´empressent de la marier au premier venu. Le calvaire continue. Mériem est maltraitée par sa belle-famille. Et l´enfant qui va naître - une fille - n´améliore pas sa condition. Ni la naissance d´un garçon, du reste, et quelque temps après, celle encore d´une fille.

Des obstacles inimaginables

Par un hasard qui sait bien faire les choses, et l´indépendance encore plus au retour d´un cousin moudjahid, Mériem connaît un certain répit et s´efforce de s´instruire: «Je me suis réfugiée dans la lecture (...) Je recopiais dans un cahier chaque passage qui me plaisait, cela m´a permis d´avoir la plume facile´´.» Mais, à la suite de nombreuses disputes (son mari lui interdisant toute relation avec ses parents), elle obtient le divorce, béni par sa mère. Auparavant, elle a réussi à trouver un emploi de dactylographe et à travailler «d´arrache-pied pour rattraper l´enseignement dont [elle avait] été privée ainsi que pour acquérir [son] indépendance.»
De nouveau, d´une part, pour échapper à ses parents, et d´autre part, parce qu´«une femme ne devait pas vivre seule, c´était la porte ouverte à toutes les rumeurs, à tous les déshonneurs pour la famille», Mériem accepte de se marier. «Je n´étais plus prostrée cette fois, ces noces n´étaient pas un enterrement, elles annonçaient ma liberté.» Erreur. Sa nouvelle belle-mère oranaise refuse de laisser le couple rejoindre son logement particulier et donc de se séparer de son fils.
Or Mériem va découvrir qu´elle est en état de grossesse. Sa détresse est à son comble. Les problèmes s´accumulent: une terrible maladie l´atteint et le nouveau-né, Mourad, lui sera enlevé par le père qui se remarie avec sa cousine...
La suite est aussi jonchée d´obstacles inimaginables et pourtant vrais: la vie et le travail dans un ministère à Alger, la fascinante rencon- tre avec Tayeb (de leur union naît une fille), la maladie, les mésaventures conjugales (elle épousera Belkacem et divorcera de lui), les désillusions successives à la suite d´un grand nombre de rencontres, les retrouvailles inattendues avec son fils Mourad, et sa mère (qui décédera) vont accentuer la douleur de ses blessures morales et physiques jusqu´au jour où se disant «Je n´avais plus de force pour lutter, mes ressources étaient épuisées», elle décide de quitter l´Algérie pour l´Italie.
Or la solitude, si difficile soit-elle, et que recherche Mériem en exil, devient pour elle une douce compagne qui la pousse progressivement à être sociable (elle a plusieurs amies italiennes), à s´instruire encore et encore, à écrire, à se dire. C´est sa «thérapie efficace contre [son] mal».
Enfin, une déception lui en coûte beaucoup, lui faisant dire: «Mon avenir: je l´avais laissé derrière moi.».
Cette déception «a provoqué le déclic qui allait remettre les choses en place» en la renvoyant à son pays, après un exil de «presque six années».

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