Carton rouge
Comme il fallait s´y attendre, la sortie du chef d´état-major de l´ANP a mis en effervescence une classe politique déjà bien excitée sans cela. Si tous s´accordent sur le caractère «positif» de cette initiative, il n´en demeure pas moins que cette lecture ne peut s´inscrire que dans le moyen avenir. Il est, aujourd´hui, établi que les jeux sont faits et que les enjeux actuels sont au simple stade résiduel. Dans cette affaire, qui a eu l´énorme avantage de mettre à nu les mécanismes cachés qui font et défont les «puissants» de ce pays, le rôle de l´armée est devenue évident pour tous. C´est son retrait, volontaire ou imposé, qui a eu pour finalité absurde de créer d´énormes déséquilibres dans les rapports de force, avec une concentration des pouvoirs entre les mains d´une ou d´un groupe de personnes.
C´est ce qu´a tenté de démontrer, depuis le début, un groupe formé de vieux routiers de la politique, conscient plus que personne qu´une pareille situation ne peut déboucher que sur des scénarios-catastrophes. Sur le plan du timing, et uniquement lui, la sortie de Lamari n´est pas venue rétablir des déséquilibres, rendre justice, mais seulement recentrer le «débat» autour du duel Benflis-Bouteflika. L´état-major de l´armée, qui a en poche moult scénarios, et qui n´exclut pas d´intervenir en cas de dérives et troubles proches de ce qui s´est passé en Géorgie ou à Haïti, a laissé faire la fraude anticipée à travers la campagne de Bouteflika dans tout le pays, l´argent distribué à l´emporte-pièce, l´accaparement outrancier des médias lourds, les pressions exercées sur les candidats sérieux lors de la collecte des signatures avec même une circulaire signée de la main de Zerhouni et, la cerise sur le gâteau, l´élimination du redoutable Taleb, dont les formulaires ont été «visités» avec le précieux concours de la brise marine. Le carton jaune de Lamari n´a pas été sorti au moment opportun, lorsque le manifeste des dix annonçait en clair ce que nous vivons présentement. Il n´a pas, non plus, rétabli les gens dans leurs droits, à savoir celui de permettre au peuple de choisir librement son candidat. Car, qui oserait prétendre qu´une présidentielle peut être qualifiée de «sérieuse» et «crédible», traduisant l´ensemble des courants que porte la société, sans Taleb, Hamrouche et Aït-Ahmed? Taleb voulait aller jusqu´au bout. Il avait les moyens de devenir le prochain président de la République alors qu´il a été privé d´une victoire certaine en 1999. Il a été écarté par la force. Hamrouche a compris avant tout le monde qu´il n´y avait aucun enjeu dans ces élections, que les débats de fond étaient reportés à «plus tard» et que le scrutin serait fermé. Il a donc préféré tout naturellement effectuer une sorte de repli stratégique en attendant quelque embellie politique. Aït-Ahmed, enfin, s´inscrit en faux contre tout ce qui se dit ou se fait aussi bien par le pouvoir que par l´opposition, notamment ses alliés et amis. Rien, absolument rien, n´a été fait pour l´amener à rectifier sa vision, rentrer au pays, et tenter de nouveau l´exaltante aventure de la présidentielle. Le carton jaune est sorti bien tardivement. Si tant est qu´il y en ait un quelque jour, en sera-t-il pareil pour le carton rouge?