Cela s’appelle l’aurore
Parmi les causes qui rendirent suspecte la création culturelle, en dépit du rôle moteur joué par la dynamique culturelle nationale contre la caste coloniale, figurent essentiellement la mémoire ankylosée, la culture de l´oubli et le refus du projet de société tel que porté par une citoyenneté soucieuse de préserver son identité tout en conjuguant le verbe devenir au mode universalité. C´est la culture nationale, dans toutes ses composantes identitaires et artistiques, n´en déplaise à ses fossoyeurs patentés, qui permit de sauver tout un peuple de velléités suicidaires instrumentées par la bête immonde et ses pourvoyeurs de fonds étrangers, et c´est cette même culture, à travers la fresque grandiose esquissée par Safy Boutella et portée par des centaines d´Algériens, qui permet à notre pays de clamer tout haut, dans un pathétique et sincère chant choral, son unité et ses choix stratégiques dans le concert des autres nations. Les réactions autant hypocrites qu´alarmistes des médias et autres courants politiques étrangers préférant s´attarder sur des thèses localistes, imprégnées le plus souvent de réminiscences archaïques, sont, à l´évidence, la preuve que la prise en main relativement intelligente des affaires du pays dérange plus qu´elle ne réponde positivement aux desseins machiavéliques de certaines puissances décidées, plus que jamais, à nous assujettir, alors qu´elles prônent, par ailleurs, la mondialisation... Loin d´être dupes, les jeunes qui se sont donné rendez-vous à Alger le savent mieux que quiconque. Ils y ont répondu à leur manière, en y venant en force, et en portant le débat sur la véritable nature d´une mondialisation qui, si elle est perçue par les uns comme une possibilité de s´en sortir, elle n´en offrirait pas moins, à certains esprits chagrins, l´occasion idoine de déterrer de vieux démons, si les peuples anciennement dominés n´arrivaient pas à s´armer de vigilance et d´esprit critique. A un moment surtout où le G 8 réclame des marchés ouverts, mais continue, comme le font remarquer certaines sources, de subventionner ses agriculteurs et interdit toujours la libre circulation des personnes... Donc de cette même jeunesse qui croit de moins en moins qu´une option tous azimuts pour l´économie de marché serait un meilleur chemin pour la croissance qu´une gestion bureaucratique par des gouvernements locaux sclérosés et souvent corrompus. Présents en force à Alger, les jeunes, venus du monde entier prendre part au XVe Festival mondial de la jeunesse et de l´étudiant, auront certainement une pensée vivace pour les milliers de manifestants antimondialisation qui se faisaient cogner pendant que les grands de ce monde pensaient aux pauvres.