Des questions sans réponse
Il est assez symptomatique que dans le cadre des «5+5», qui réunit les pays des deux rives de la Méditerranée occidentale, ce ne soient pas les ministres des Finances, de l´Economie, de la Culture, de la Jeunesse et des Sports, du Tourisme, voire des Affaires étrangères qui tiennent le haut du pavé, mais bien ceux de la Défense. Cela signifie quoi, sinon que les questions de développement et tous les beaux discours sur la prospérité partagée passent au second plan, derrière les priorités de la sécurité, et surtout de la lutte contre le flux migratoire en provenance des pays du Sud. En d´autres termes, il est demandé rien moins aux pays de la rive sud de la Méditerranée que d´être un bouclier face à l´exode des chômeurs du Sud vers les pays prospères de l ´Union européenne.
On peut rapprocher cette réunion des «5+5» du dernier sommet France-Afrique qui s´est tenu à Bamako et qui avait pour thème la jeunesse africaine.
Ce thème en lui-même résume la grosse inquiétude européenne vis-à-vis de la poussée démographique des pays du Sud. La population africaine, avait déclaré un ministre français à Bamako, est composée à près de 70% de personnes âgées de moins de 25 ans. C´est donc une population jeune, énergique, devant laquelle malheureusement les portes du développement sont hermétiquement fermées. Les horizons sont bouchés.
Comment juguler ce flux impétueux de migration «clandestine» pour reprendre un mot en vogue, si on n´apporte pas un minimum d´aide au développement?
Mais pour répondre à une telle question, les ministres de la Défense sont-ils les plus qualifiés?
Du reste, les représentants des pays du Sud, y compris M.Guenaizia, le ministre algérien délégué à la Défense, ont tous fait ressortir ce paradoxe., même si, bien sûr, d´autres questions, comme celle de la sécurité en Méditerranée, de la lutte antiterroriste, ou du traitement des catastrophes naturelles, ne sont pas à négliger. Loin de là.
Les émeutes dans les banlieues en France, où résident en majorité les enfants issus de l´émigration, en provenance du Maghreb ou des pays subsahariens, ont montré que la répression ne suffit pas, si elle n´est pas accompagnée de mesures sociales, notamment en matière d´emploi.
Qu´est-ce qui attire donc les jeunes Africains, dont les Maghrébins, sur l´île de Lampedusa ou dans les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, au péril de leur vie, si ce n´est la détresse et la misère. Une réponse à une telle détresse ne peut être qu´économique et sociale.