Deux leaders pour un électorat
«Le dossier du FIS est définitivement clos» ont répété à plusieurs reprises les hauts dignitaires qui se sont succédé à la tête de l´Etat depuis 1992. Ses deux leaders, Ali Benhadj et Abassi Madani, après avoir purgé leur peine de prison connaissent aujourd´hui des sorts différents. Alors que le premier a passé la totalité de sa peine, 12 années, en prison, le second a vu la sienne commuée en une mise en résidence surveillée «pour raisons de santé», a-t-on laissé entendre. Alors qu´Ali Benhadj a été frappé par une série d´interdictions à sa sortie de prison entre autres celles d´avoir des activités politiques ou même de prendre la parole en public, Abassi Madani s´est vu par contre délivrer un passeport pour se rendre à l´étranger toujours au même motif de «raisons de santé». En réalité la différence de traitement accordée à ces deux hommes, leaders pourtant d´un même parti, cache mal des intérêts politiques. Si le FIS en tant que formation politique a été dissous, son électorat, lui, existe toujours. Et c´est vers lui que lorgnent quelques candidats à la présidence comme Djaballah et Taleb Ibrahimi. Bouteflika aussi est plus qu´intéressé par ces voix qu´il faut seulement canaliser. C´est cette tâche que tente de remplir, de toute évidence, Abassi Madani. Avec lui en activité, les voix de l´ex-FIS ne peuvent plus être convoitées ni par Djaballah ni par Taleb. Des voix qui feront la différence dans l´élection du futur président de la République. Surtout en cas de deuxième tour. Voilà à quoi s´attelle Abassi Madani, en pleine forme, qui vient d´annoncer une conférence de presse pour aujourd´hui à partir du Qatar. Alors que Ali Benhadj est depuis mardi, selon son avocat Me Ali Yahia Abdenour, sous le coup d´une instruction pour «avoir transgressé les interdits». Il n´est pas exclu que cela le mènera à la mise en résidence surveillée et cela avant l´ouverture de la campagne électorale. Cet acharnement contre le n°2 de l´ex-FIS s´explique par sa capacité de «nuisance». Véritable gourou il est incapable de composer. Par contre, Abassi Madani est plus «contrôlable» même si on dit de lui qu´il est «plus visqueux qu´un poisson enduit de savon». S´il parvient à reprendre le contrôle de son électorat, il est peu probable que Taleb Ibrahimi se porte candidat tant les espoirs de ce dernier reposent précisément sur cet électorat. Il limitera aussi les prétentions de Djaballah qui devra se contenter des voix de ses militants. Ce qui, en fin de compte, arrange les affaires du candidat Bouteflika. Voilà pourquoi l´un est harcelé pendant que l´autre est lâché dans la nature.