La voie de la réconciliation
La commémoration de la Journée internationale de la liberté de la presse intervient dans un contexte éminemment difficile pour la profession, confrontée à de réelles difficultés d´ordre politique et économique dans l´exercice de sa mission. Il y a donc un devoir d´inventaire qui s´impose, non seulement parce que la situation l´exige au regard des enjeux et des défis auxquels nous sommes confrontés, mais aussi parce que des âmes charitables s´efforcent, vaille que vaille, de nous parrainer au motif d´une solidarité internationale qui serait la bienvenue si elle n´était habillée de desseins pernicieux. Tant la presse que le pouvoir sont aujourd´hui interpellés par un bilan globalement négatif. Côté médias, la dérive a caractérisé certains journaux qui n´ont pas fait montre d´un sens de la responsabilité, voire qui ont manqué de retenue et sinon même bafoué les règles intangibles de l´éthique et de la déontologie. Côté pouvoir, la dérive est pour le moins égale, dès lors qu´il n´a pas hésité à recourir à une répression multiforme ou, et ce n´est pas un moindre mal, à un harcèlement réducteur, allant de la suppression de la publicité étatique à la coercition des moyens d´impression, pour ne citer que cela. Il est vrai que seize ans de pluralisme et d´apprentissage de la démocratie, c´est très court, d´un côté comme de l´autre. Mais, pour avancer, et pour transcender les malentendus qui ont jalonné le parcours déjà accompli, il convient désormais que le dialogue s´instaure, dans l´intérêt de l´Algérie, d´abord, et pour que les préjugés et autres antagonismes puissent se diluer dans le débat démocratique effectif auquel aspirent les citoyens de ce pays. Nous devons certes, reconnaître que la corporation n´est pas exempte de défauts et qu´elle recèle des éléments exogènes qui n´ont d´autre souci que de gérer leur outil médiatique comme ils géreraient une pizzeria. Mais ce n´est pas une raison nécessaire et suffisante pour jeter le bébé avec l´eau du bain, ce qui ne serait ni dans l´intérêt de la presse ni dans celui du pouvoir.
Le geste du président de la République est, en ce sens, significatif de la volonté du pouvoir d´assainir un contentieux qui n´a que trop duré. Il offre aussi l´opportunité d´une réconciliation tardive mais prometteuse entre une presse qui a longtemps enduré les pires contraintes et un pouvoir qui peut, s´il le veut, inaugurer une page nouvelle, loin de la suspicion et de l´exclusion caractéristiques d´une époque, espérons-le, révolue.