Le défi iranien
Le bras de fer entre l´Iran et les pays membres du Conseil de sécurité s´est considérablement durci, hier, avec l´annonce, par les dirigeants de Téhéran, de leur succès dans l´enrichissement substantiel d´uranium, contre la volonté de l´Aiea (Agence internationale de l´énergie atomique) qui leur avait demandés de suspendre toute activité en la matière.
Etape cruciale de la filière nucléaire, l´enrichissement d´uranium, à hauteur de 90%, permet la maîtrise de l´arme atomique. Or, dans l´état actuel des choses, l´Iran est encore loin de cette capacité, compte tenu du nombre modeste de centrifugeuses dont il dispose, même si l´on peut penser qu´il a effectivement acquis le savoir-faire lui permettant, quand et où il le veut, de procéder à la fabrication d´une telle arme.
Confronté aux Etats-Unis et à leurs alliés, l´Iran subit, depuis plusieurs mois, de fortes pressions afin de le contraindre à abandonner ses expériences mais le président Ahmadinejad a appelé, à la veille de la visite à Téhéran de Mohamed El Baradei, directeur de l´Aiea, à «accélérer le travail pour produire du combustible pour les ( futures ) centrales nucléaires».
L´ensemble des pays occidentaux ont aussitôt réagi, plus ou moins sévèrement, tandis que la Russie qui prône l´abandon du programme iranien rejette «toute solution par la force».
Le fait est que cet enjeu du nucléaire iranien affecte passablement l´équilibre, déjà bancal, des forces au Proche-Orient où Israël détient, depuis plusieurs décennies, l´arme atomique sans que cela n´émeuve aucune des puissances occidentales et sans que l´Aiea, dont il refuse de signer le traité, n´y trouve à redire.
Cette disparité de traitement donne, a priori, raison aux Iraniens dont l´argument, repris par bon nombre des pays du Sud, est que les peuples ont tous droit aux instruments du développement technologique dont la maîtrise de l´énergie nucléaire est une des clés majeures.
Le fait que l´Iran ait fait fi de la date butoir du 28 avril, allant jusqu´à promettre, par la voix du chef d´état-major des forces armées, le général Hassan Firouzabadi, de «construire des centaines d´usines de conversion et des milliers de centrifugeuses», constitue une fin de non-recevoir que les pays membres du Conseil de sécurité, en particulier occidentaux, vont devoir examiner à l´aune des intentions réelles de ce pays dont rien ne dit, en principe, qu´il compte utiliser cet uranium à des fins autres que pacifiques. Ce qui n´est pas le cas, ô combien, du voisin israélien.