L’école aux pédagogues !
On reparle encore, ces jours-ci, de notre école et de la réforme qu´elle doit subir pour être plus efficace. La première remarque est que lors de ce débat, qui dure depuis plus d´une année, la presse a rendu compte beaucoup plus des gesticulations et élucubrations d´individus qualifiés de politiques que des réflexions des enseignants et des pédagogues. Quand ces derniers sont cités, c´est pour évoquer les actions qu´ils entreprennent pour l´amélioration de leur situation socioprofessionnelle. On se comporte comme si l´éducation et l´instruction des Algériens étaient une affaire exclusive de «politiciens». Et on ne connaît que trop l´intérêt de ces derniers. Il est de propager leurs idéologies respectives qui ne sont pas forcément compatibles avec les priorités du pays. Faut-il enseigner en arabe, en français? Faut-il introduire tamazight? Faut-il enseigner l´anglais comme première ou seconde langue étrangère?
Toutes ces questions devraient être débattues par des spécialistes comme cela se fait ailleurs dans les pays qui se respectent. Dans ces pays-là, le moins costaud des conseillers sollicités dans un domaine aussi sensible que l´éducation, a, à son actif, au moins une quinzaine d´ouvrages en matière de pédagogie et de didactique. Ces questions, pour peu que l´on fasse preuve d´un peu de bon sens, ne se posent pas. On va vers le savoir dans la langue où il est dispensé.
Autrefois, les Egyptiens avaient appris la langue des Chaldéens pour accéder à leur savoir. Par la suite, les Grecs ont dû étudier l´égyptien pour connaître la médecine et les mathématiques dans lesquelles les Egyptiens excellaient. Plus tard, au Xe siècle, les musulmans ont dû apprendre le grec. Et tous les manuels scolaires évoquent le cas de ces érudits italiens, français et espagnols qui avaient appris l´arabe, devenue langue du savoir au moyen-âge.
Aujourd´hui, les choses ont changé. La connaissance se trouve en Occident. De cet Occident d´où proviennent les belles et rutilantes voitures, les téléphones portables et tous les autres gadgets électroniques qu´affectionnent ceux qui, aujourd´hui, veillent au respect de l´identité nationale comme si celle-ci était menacée.
Et par qui d´abord? La main de l´étranger? «Hizb frança?» Cessons d´être ridicules. Qui peut nous menacer, nous qui n´arrivons même pas à gérer nos eaux et nos égouts et avons du mal à faire pousser les oignons et les patates? Il serait intéressant de divulguer, un jour, la liste de tous ces notables qui veulent maintenir l´actuel système éducatif si respectueux des constantes et dont la progéniture étudie dans les écoles et les universités les plus prestigieuses de cet Occident qu´ils feignent de repousser. Un Occident qui nous vend son blé, ses médicaments et ses équipements vitaux, parce que, pendant que lui travaille, des charlatans continuent à semer la zizanie. Et il ne serait pas impossible qu´ils soient à la solde de cet Occident qui, somme toute, n´a pas intérêt à avoir en face de lui des pays du Sud performants qui ne dépendent plus de lui. Laissons travailler les pédagogues. Les vrais. Par amour pour nos enfants qui ne méritent pas l´héritage de nos querelles.