Objectivité
Le renouvellement par les grands électeurs de la moitié des membres du Conseil de la nation aura lieu jeudi. Intervenant au lendemain du discours du chef de l´Etat devant les cadres de la nation, ce rendez-vous électoral est loin d´être un fait banal. Quoiqu´on dise sur la nécessité d´une telle chambre, il lui est souvent arrivé de bloquer un projet de texte et de le renvoyer en seconde lecture afin d´être en adéquation avec le programme présidentiel et les aspirations citoyennes. Le système bicaméral, qui existe un peu partout dans le monde, a cela de particulier qu´il permet d´utiliser le privilège de l´âge dans l´acte de légiférer, droit d´aînesse oblige. Un tel système permet aux pouvoirs publics de corriger le système démocratique par le tiers présidentiel. En outre, ce renouvellement intervient à l´heure où la scène politique connaît certaines turbulences qui risquent de se répercuter sur le déroulement du scrutin, puisque les tiraillements au sein de l´Alliance présidentielle et les guerres que se mènent le FLN et le RND donneront lieu à quelques chaudes empoignades tant l´enjeu n´est autre que la mainmise sur la chambre haute. Avoir un pied au Sénat, permet de contrôler l´action gouvernementale de l´intérieur et ne sera pas vu d´un mauvais oeil par les formations politiques.
Quant au MSP, il a moins de raisons de pavoiser. Son actuel président, à savoir Boudjerra Soltani, en jetant un pavé dans la mare, a mis son parti en mauvaise posture.
N´engageant pas les grands électeurs du corps électoral dans sa globalité, mais seulement les grands électeurs, ce renouvellement sénatorial permettra aux partis engagés de comptabiliser leurs forces avant de les jeter dans la bataille des législatives. Cependant, la dernière élection présidentielle a disqualifié la classe politique algérienne, loin d´être en phase avec les aspirations et les grands clivages de la société algérienne.
La nécessité d´élire un nouveau Sénat, tout en lorgnant la prochaine Assemblée populaire nationale, réside aussi dans la nécessité de mettre en application la nouvelle loi organique sur les partis politiques ainsi que la dissolution de tous les partis parasites. Cela permettrait, à coup sûr, de purifier la scène politique, mais aussi de permettre aux partis restants de se mettre plus en phase avec la société et ses aspirations. Ce qui devrait permettre l´émergence d´une classe politique reflétant réellement la société algérienne. Par conséquent, la classe politique doit, d´abord, s´attacher à faire porter le regard des citoyens au-delà des soubresauts quotidiens, pour percevoir l´objectivité des grands projets qui transforment le pays, ensuite laisser aux électeurs le soin de juger la participation républicaine de tout un chacun au moment des choix. Dès lors, il est important que les hommes politiques comprennent, enfin, que cette période est une épreuve de vérité où leur crédibilité est en jeu. C´est, précisément, en cette période que la classe politique doit retrouver les grandes valeurs, pas celles des idéologies nocives.
Car la démocratie et son acceptation avec humilité, sont l´unique instrument de cohésion sociale, dans une société ouverte au pluralisme politique. C´est pourquoi, les acteurs politiques se doivent de redécouvrir la politique, la vraie, celle qui ne se fonde pas sur le sectarisme et les prévarications, mais sur une authentique passion civile selon laquelle, chaque citoyen doit être partie prenante d´un ensemble. Cela, non pas seulement par intérêt individualiste, mais par devoir moral pour une organisation sociale productive.