L'Expression

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Saddam à pile ou face

L´Amérique jubile. Et les Arabes sont humiliés après la capture pitoyable et sans gloire de Saddam Hussein. Il s´est fait cueillir dans sa couche, en train de dormir, sans avoir opposé la moindre résistance et sans avoir tiré un seul coup de feu.
Mourir en Martyr est-il donc si difficile que ça pour un résistant arabe? Présenté comme le digne héritier de Salah Eddine El Ayoubi, le dictateur de Bagdad ne fait décidément pas sien hélas cet adage populaire qui veut qu´à vaincre sans péril, il n´y a point de gloire.
La légende, tant caressée, d´entrer par la grande porte de l´Histoire en mourant les armes à la main, a fait faux bond à Saddam.
Il est a priori inacceptable pour un Arabe d´absorber les images dévalorisantes, distillées par les services de communication des marines US pour la consommation mondiale, montrant un Saddam en SDF, les cheveux hirsutes, le visage enseveli sous une barbe d´intégriste, lui le baâssiste laïc, hagard, se laissant examiner par un médecin militaire ennemi, à demi inconscient comme sous l´effet d´une drogue tétanisante.
Cette fin affligeante n´a jamais habité les têtes des meilleurs scénaristes, encore moins celles d´Arabes en mal de réhabilitation d´une légende écornée du sacrifice suprême.
Saddam est un dictateur. Soit. L´humanité et le peuple irakien ne lui pardonneront jamais ses crimes. Mais cela ne saurait suffire pour excuser cet acte, savamment calculé de l´occupant américain, de jeter l´opprobre sur près de 300 millions d´Arabes en présentant sous une mise en scène digne d´Hollywood la capture humiliante du chef de la plus ancienne civilisation de l´humanité depuis Nabuchodonosor.
Des Irakiens interrogés par la chaîne TV, Al-Jazira, bien qu´abattus et consternés par l´annonce de la nouvelle, sont restés loyaux à Saddam et en ce qu´il incarne: l´honneur arabe par l´esprit de la résistance.
Si la fin de Saddam devait avoir lieu dans ces conditions avilissantes, n´aurait-il pas mieux fallu qu´il acceptât, dès le début, de se soumettre au diktat américain, d´accepter la reddition et l´exil pour lui et sa famille, en épargnant à son peuple les affres d´une nouvelle guerre que tout le monde savait perdue d´avance ? Le monde aura retenu aussi, de par les images de son arrestation, celle d´un lâche. Les Arabes, les Palestiniens, les Irakiens ne lui pardonneront jamais de n´avoir pas choisi l´option du sacrifice, quitte à mourir en écrasant entre ses dents une salvatrice capsule d´arsenic. Ses enfants Ouddaï, Qoussaï et son petit-fils Mustapha, tombés en héros au Champ d´honneur après une vaillante résistance de plus de six heures et donnés comme le plus bel exemple de ce sacrifice, ont dû se retourner hier dans leurs tombes. Voilà pour le côté jardin de la fin sans gloire de Saddam Hussein. Mais faut-il prendre pour argent comptant la version donnée par les Américains sur les conditions réelles de sa capture? Un observateur averti relèvera qu´il y a trop de «blancs» dans cette histoire dont les pages sont écrites avec le souci de donner le beau rôle aux marines comme dans un film d´Arnold Schwarzenegger. Encore une bavure de casting où le mauvais rôle échoit à l´Arabe!
Pour le côté cour, ne faudrait-il pas s´interroger comment Saddam a été «logé» par les Américains? L´attrait d´une prime alléchante de 25 millions de dollars expliquerait certainement qu´il a été trahi par un de ses proches, comme le furent Ouddaï et Qoussaï, sinon comment justifier la mobilisation extraordinaire de 600 soldats, de dizaines de tanks et une couverture aérienne hors normes pour une opération militaire d´envergure au cours de laquelle un seul coup de feu n´a été tiré. Qu´un grand chef dorme à poings fermés sans qu´à l´extérieur sa garde rapprochée n´ait réagi, en tirant le moindre baroud d´honneur, est difficilement concevable lorsque l´on sait le luxe de précautions que prend habituellement un homme comme Saddam ayant grandi et vécu dans des conditions spartiates de clandestinité. Ses hommes l´ont donné pour se partager la prime de 25 millions de dollars. Et ce sont eux qui ont conduit les soldats ennemis jusqu´à sa cache, pour ne pas dire jusqu´à sa couche, et le neutraliser avec des gaz paralysants, l´empêchant ainsi de trouver le destin qu´il a cru tracer lui-même de mourir en héros en résistant ou en se suicidant. Et le Saddam, que nous avions connu pendant vingt-cinq ans, s´aimait trop pour choisir ce cruel destin d´une fin sans gloire. Les Américains ne voulaient à aucun prix d´un Saddam mourant en héros. Sa légende aurait surpassé celle de l´Argentino-Cubain Che Guevara. Ils ne souhaitaient pas non plus que des millions d´Arabes viennent prier sur sa tombe, lavant l´honneur souillé d´une nation arabe aujourd´hui inconsolable d´avoir perdu la Palestine, écrasés par tant de défaites et de tourments auxquels l´Amérique, et peut-être même Dieu, les ont à jamais condamnés.
Saddam mort ou vif? Ce n´est pas une blague. C´est une terrible tragédie pour les ARABES.

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