Travaillez, prenez de la peine...
Les ministres vont donc commencer aujourd´hui à défiler devant le président de la République. Ils devront lui présenter l´état du secteur dont ils ont la charge. Ce n´est pas la première fois que le chef de l´Etat convoque les ministres pour qu´ils rendent des comptes. L´intérêt d´une telle formule ne saute pas aux yeux. Il aurait été normal que ce soit le chef du gouvernement qui, régulièrement, présente au président un rapport d´activités de tous les départements ministériels. A la limite, le président aurait pu exiger de chaque ministre d´avoir à lui transmettre, par écrit, l´état d´avancement dans son secteur. Non, il les veut devant lui. Les yeux dans les yeux. Et puis un rapport c´est froid. Il ne remplacera jamais la chaleur du jeu des questions-réponses.
En réalité, le président ne doit pas manquer d´informations sur quelque secteur que ce soit. Il dispose de structures spécialement dédiées à ce travail.
La démarche présidentielle est à inscrire plutôt sur l´instauration de saines pratiques en droite ligne de la réforme en cours des structures de l´Etat. Chacun sait que le mois de Ramadhan n´est pas un mois de prouesses économiques pour tous les pays musulmans. L´effort au travail est à son point le plus bas.
La seule manière d´espérer renverser la tendance ne peut venir que du sommet. C´est pourquoi le président, après une longue éclipse, s´est astreint à reprendre ses activités publiques dès le début du mois de Ramadhan. Le but aussi est d´entraîner dans cette reprise toute la machine gouvernementale qui, à son tour, sonnera le branle-bas de combat dans les moindres recoins de l´administration qui avait préparé ses compartiments couchettes pour le mois sacré.
A ce choix du moment, il faut ajouter les avantages de toute épreuve orale. On peut dire ce qu´on veut dans un rapport qui est, en fait, un monologue. Rien ne vaut un face-à-face pour des questions qui peuvent être des plus inattendues. Rien ne vaut, non plus, ces moments d´embarras qui mettent à nu le degré de maîtrise que peut avoir chaque ministre de son secteur. Surtout que la poussière sous le tapis et le mensonge ne sont plus possibles.
Ainsi donc, tous les ministères vont vivre un Ramadhan en alerte rouge. Les directeurs centraux et les sous-directeurs vont dépoussiérer tous les dossiers pour instruire leur ministre. Personne n´aura plus le temps, comme avant, de faire son marché, ou...la sieste.
But pédagogique, certes, et réhabilitation des vertus du travail, mais pas seulement. Quand bien même l´autre souci du président est la stabilité, on voit mal comment, même au nom de cet objectif, il pourra accepter de maintenir en poste des responsables qui ont failli. On ne brisera pas de secret pour dire qu´il y en a.