ETATS ARABES
Impuissance et complicités
Quel est l’avenir des dirigeants arabes? Au vu de leurs réactions à l’actuelle guerre contre l’un des leurs, il semble incertain.
La guerre «détruira tout». Cette prophétie est de M.Amr Moussa, le secrétaire général de la Ligue arabe qui regroupe les 22 pays arabes.
Cette sombre prévision aura-t-elle lieu ou n´est-elle qu´une simple réaction impulsive faite dans un fort moment émotionnel? Seuls les prochains événements pourront trancher la question, et démentiront ou confirmeront cette observation de M.Amr Moussa.
Pris individuellement, Riyad, Rabat, Tunis, Alger, Amman et Le Caire ont été rattrapés par l´évolution de la situation dans le Golfe, et, toutes ces capitales arabes ont dû réagir aux premières frappes américaines contre Bagdad.
Mais, comme cela était fort prévisible, dans l´ensemble, les réactions officielles de tous ces pays arabes se sont toutes limitées à une simple condamnation pour la forme du début des actions militaires contre la population irakienne.
Se présentant presque comme «neutres» dans le conflit en cours, leurs prises de position s´adressaient avant tout à leurs propres peuples pour leur faire passer le message, que cette fois-ci, et contrairement à 1991 où beaucoup avaient participé sur le terrain des opérations militaires à la libération du Koweït, ils ne sont pas impliqués directement dans l´actuelle croisade anti-Saddam américano-britannique.
Pourtant dans toutes les hautes sphères des régimes arabes, tout le monde savait depuis des semaines que la guerre américano-britannique contre l´un des leurs, le régime irakien, serait effective. Mais par impuissance ou par complicité, ils ont fait comme si cette option n´aurait pas lieu ou tout simplement que celle-ci ne les concernait pas. Pouvaient-ils y avoir d´autres alternatives? Aussi, le jour du déclenchement des hostilités, la mollesse sidérale des présidents et autres monarques de ces régimes fabriqués ou maintenus sous perfusion depuis des décennies par les puissances occidentales contrastait naturellement avec le bouillonnement de leurs populations respectives.
Résultat: le fossé entre ces dernières et ce qu´on appelle les Etats arabes ne va pas seulement se creuser davantage, il risque de devenir intenable pour ces régimes. Tant il est vrai que de l´Egypte à l´Arabie Saoudite en passant par la Syrie, le Maroc ou l´Algérie, l´individu arabe (et non le citoyen ) est catégorique: «Nos premiers ennemis ce sont d´abord les régimes politiques arabes en place», est-il partout proclamé à l´occasion de n´importe quelle manifestation de rue. Même celui de l´Irak, qui se proclame le champion dans les discours nationalistes et libérateurs et qui désormais se présente comme le seul qui tienne tête aux adversaires occidentaux fait partie de l´ensemble de ces régimes arabes qui oeuvrent beaucoup plus à leur pérennité qu´au strict intérêt national et stratégique de ces pays.
En fait, l´explication de cette distance qui sépare les préoccupations des opinions publiques arabes de celles de leurs gouvernants réside dans une évidence telle que dans le brouillage permanent de la volonté de ces populations, elle n´apparaît pas.
Or, tout le monde sait qu´autant dans les chancelleries occidentales que dans les profonds rouages de ces régimes, le moindre vrai péril qui menacerait les castes et les familles au pouvoir, celles-ci plieraient bagage pour d´autres lieux.
Voilà pourquoi, au-delà de ces professions de foi desdits dirigeants arabes quant à leur dénonciation et leur condamnation du comportement des puissances occidentales, notamment les Etats-Unis, à l´égard de leurs pays respectifs, il y a à chaque fois la réalité de l´Histoire qui les rattrape et qui, à court ou moyen termes, n´est pas sans conséquences sur leur devenir.
L´invasion de l´Irak ne fera pas exception.