JOURNÉE SANS COUFFIN
La ménagère a dit non
Il faudra une initiative d’un autre calibre pour persuader les consommateurs à se mobiliser contre la flambée des prix.
Les commerces n´ont pas été boudés. Les Algériennes et les Algériens n´ont pas bousculé leurs habitudes suite à l´appel lancé par un groupe de journalistes et de jeunes universitaires. L´objectif: protester contre la hausse vertigineuse des produits de consommation.
«Nous devons briser le silence qui a toujours entouré la question. C´est une journée pour dire que nous en avons assez! Ce qui se passe est aberrant et l´Etat doit faire son travail», a fait remarquer, le promoteur de cette action, Zoubir Fadel, journaliste de son état au quotidien arabophone El Khabar.
Cette initiative certe, louable avait-elle une chance d´être massivement suivie? Un petit tour dans les ruelles de Kouba, nous a édifié sur la question. Boulangeries, boucheries, marchands de fruits et légumes...sans connaître une affluence des grands jours, étaient largement fréquentés. «Nous avons une clientèle fidèle qui, pour rien au monde, ne manquera de faire ses courses. On n´a rien remarqué d´anormal aujourd´hui (hier Ndlr). Nous n´étions pas au courant de cette journée sans couffin. En tous les cas nos clients sont venus comme d´habitude faire leurs achats» nous a répondu un boucher, que l´on a interrogé, qui affichait des prix battant toute conccurence, du moins au niveau de cette banlieue populaire d´Alger. Face aux étals des marchands de fruits et légumes, des mères de famille se renseignaient sur les prix des différents produits (pomme de terre, fraises, poivrons, tomates...) et remplissaient leurs sac en fonction de leurs moyens. Même lorsque le couffin n´était pas plein à craquer, on se rendait compte que les achats allaient bon train. Nous nous sommes approchés de l´une d´entre elles pour savoir ce qu´elle pensait de cette initiative de «journée sans achat» pour protester contre la vie chère.
La démarche est-elle réalisable? «Je fais mes courses quotidiennement. Mes enfants qui sont lycéens reviennent déjeuner à midi. Je ne vois pas comment leur faire comprendre que c´est pour protester contre la hausse des prix que la marmite est vide», nous a rétorqué notre interlocutrice qui s´est rapidement éclipsée pour rejoindre ses fourneaux. C´est du côté de la gent masculine que les réactions ont été plus incisives. «Regardez comment les gens se ruent sur la pomme de terre. Ils veulent profiter chaque jour de sa baisse des prix.
Et puis, je ne crois vraiment pas qu´une telle action puisse contribuer à ralentir la hausse des prix. Vous allez vous en rendre compte dans quelque temps. Le Ramadhan approche et tout va de nouveau flamber.» Ce vieux retraité, qui semble connaître la musique et que nous venions de solliciter, n´est guère convaincu de cette démarche aux allures de romantisme en décalage avec la réalité sociale. Les revendications citoyennes, même quand elles expriment un ras-le-bol ne peuvent se passer d´un cadre organisé, de syndicats et de partis politiques solidement implantés au sein de la société. A chacun son métier.