ELLE CONSACRE AUJOURD’HUI UNE JOURNÉE PARLEMENTAIRE À LA JEUNESSE
L’APN ouvre une brèche
Même si tout le monde insiste sur l’ouverture du dialogue, il n’en demeure pas moins que le courage politique fait défaut.
L´Assemblée populaire nationale réagit enfin. Plus de dix jours après les dernières émeutes qui ont éclaté à travers le pays, elle ouvre une parenthèse pour le dialogue. Une journée parlementaire sera consacrée aujourd´hui, au dialogue avec les jeunes en vue de leur intégration dans la vie politique. C´est le FNA qui est à l´origine de cette manifestation. Le parti de Moussa Touati a devancé les autres partis en consacrant une journée au problème de la jeunesse. Une journée suffit-elle pour discuter de cette problématique? La question est plus que sensible au point qu´elle nécessite l´ouverture d´un débat général associant toutes les forces vives de la société civile.
Le Parti des travailleurs et le RCD ont revendiqué l´ouverture à l´APN d´un débat urgent sur la situation, en vain. L´APN refuse de débattre des problèmes de la société au sein de l´hémicycle.
Pour éviter un dérapage, l´Assemblée populaire nationale a préféré opter pour une journée parlementaire, histoire de marquer le coup. Il faut reconnaître que c´est la première fois que le Parlement réagit.
Cette institution, avec ses deux chambres, n´a soufflé mot sur les derniers incidents. Pas même un communiqué...L´institution parlementaire a repris ses plénières par un black-out total sur ce qui s´est passé. Que ce soit au niveau du Sénat ou de l´APN, le sujet n´a été guère évoqué.
Alors que dans les coulisses le sujet fait rage, l´hémicycle est loin d´être impliqué. Censées s´ouvrir sur la société, les deux chambres du Parlement (Sénat et APN), tournent complètement le dos aux citoyens. Ce mutisme met les sénateurs dans la gêne. Interpellés sur ce sujet, certains parmi eux n´ont pas hésité à exprimer leur colère. «Je suis indigné par cette situation. On discute du cinéma alors que les gens se font immoler», déplore le sénateur du tiers présidentiel, M.Boudina.
«Je me révolte contre ce silence. Je pensais que l´une des priorités était d´instaurer le débat sur la situation du pays au sein des institutions», a-t-il encore lâché avec amertume. Avec son franc-parler habituel, ce sénateur reconnaît que «le débat est fermé dans notre institution». Pour lui, il est temps que les institutions se mettent à fonctionner démocratiquement avec un débat serein qui permette de prendre en charge les préoccupations des citoyens. «Il y a un programme présidentiel important et il faut discuter de ce qui ne s´applique pas sur le terrain», soutient-il.
Et d´ajouter: «Tout le monde est d´accord sur le programme présidentiel et tout le monde est mécontent de la manière de gérer, mais personne ne dénonce.» Selon lui, des discussions sont en cours au sein du tiers présidentiel pour proposer l´ouverture d´un débat au Sénat. Même sentiment de désarroi affiché par d´autres sénateurs. M.Gaci du FLN a insisté sur l´urgence d´ouvrir un débat. «Il faut qu´il y ait un traitement profond du problème de la jeunesse avant qu´il ne soit trop tard», a-t-il appuyé. Revenant sur le cas des immolations, ce sénateur pense que c´est un comportement qui se propage à travers les pays arabes.
Ce sénateur ne comprend pas le silence observé par les institutions. «Je ne trouve pas normal le silence observé par les institutions de l´Etat. Nous devons traiter ce problème car il y a un risque de dérapage», a-t-il prévenu. Un constat partagé par le sénateur du RND, M.Belabès. «La situation de manière générale est dangereuse. Les élus doivent répondre en force sur la nécessité d´ouvrir un débat sur la situation actuelle et trouver des solutions», a-t-il estimé. Le MSP n´est pas resté indifférent. «Nous sommes étonnés du silence observé par les institutions de l´Etat sur ce qui se passe dans le pays et même chez nos voisins», a déclaré M.Djemaâ, porte-parole du MSP. Le gouvernement et le Parlement sont interpellés pour prendre en charge le problème de la jeunesse.
Or, même si tout le monde insiste sur l´ouverture du dialogue, il n´en demeure pas moins que le courage politique fait défaut.