LES RÉPERCUSSIONS PÉTROLIÈRES EN CAS DE GUERRE
Le malheur des uns fera-t-il le bonheur des autres ?
Si le conflit éclate dans le Golfe, ses incidences pétrolières seront planétaires.
«Les cours du brut pourraient grimper jusqu´à 100 dollars le baril en cas de guerre en Irak, surtout si le président Saddam venait à détruire les gisements pétroliers de son pays». Cette projection faite à la mi-janvier dernière, par l´un des fondateurs de l´Opep, l´ancien ministre saoudien du Pétrole, Ahmed Zaki Yamani, pourrait-elle devenir réalité en cas d´ouverture des hostilités militaires dans le Golfe ou serait-elle simplement une analyse alarmante comme une autre?
Passée totalement inaperçue devant les bruits de bottes et le tintamarre médiatique et diplomatique, la question n´en reste pas moins d´actualité et surtout sans réponse tranchée, alors que les indices d´une guerre, qui semble désormais inévitable, ne cessent de se multiplier.
Sans s´attarder sur les conséquences d´un tel scénario sur les pays consommateurs qui sont d´ores et déjà prévisibles et qui ont déjà été débattues lors du récent Forum économique de Davos (Suisse) le mois dernier, les menaces de rupture et de crise dans les approvisionnements s´accumulent même si elles ne sont pas aussi évidentes que cela. En revanche, la flambée des cours déjà observée, qui ne manquera pas de se traduire immanquablement par un retour fulgurant de l´inflation importée, avec des prix du baril en hausse, et donc par une baisse de la demande, pourrait ralentir considérablement les économies occidentales déjà très mal en point en termes de croissance économique depuis 2001.
Contrairement au choc pétrolier des années 70, celui qui se dessine aujourd´hui pourrait avoir des répercussions au sein même des pays producteurs qui sont fortement impliqués dans une économie mondiale globalisée, ayant engagé de surcroît, pour nombre d´entre eux, de coûteux processus de modernisation de leurs économies respectives.
Un renchérissement de la demande dans les pays consommateurs ne sera pas sans conséquence sur les économies de ces pays du Sud, notamment des pays producteurs d´or noir. Déjà, en l´absence de la production totale irakienne, toujours encadrée par la formule de l´ONU «Pétrole contre nourriture» et la désaffection de celle du Venezuela confrontée à une crise politique et sociale aiguë, le cartel de l´Opep arrive difficilement à stabiliser le marché en termes de production et de continuité des approvisionnements des pays consommateurs.
D´ailleurs, en dehors de ce contexte de guerre imminente contre l´Irak qui alimente la volatilité des cours, l´Arabie Saoudite, premier producteur de pétrole au sein du cartel et du monde, se trouve confrontée à un véritable dilemme concernant sa politique pétrolière: maintenir les prix à un niveau raisonnable pour ne pas dire élevé, et perdre des parts de marché ou laisser les prix dégringoler et perdre un revenu nécessaire.
Les autres membres de l´Opep ne vivent pas une situation différente de celle de Riyad et pourraient subir des conséquences autrement plus graves si l´aventure militaire américaine en Irak venait à se produire et surtout à durer dans le temps.
Du coup, les avis reste partagés quant à la capacité de l´Organisation pétrolière arabe d´absorber les ondes de choc du «séisme» annoncé.
Si le ministre saoudien du Pétrole Ali Ben Ibrahim Al-Nouaïmi a laissé entendre que son pays était prêt à couvrir les besoins du marché en cas de guerre contre l´Irak, son homologue algérien, Chakib Khelil, a prédit, lui, que l´Opep sera incapable de compenser sa production, estimée à quelque 5 millions de barils/jour, en cas de guerre.
Ce qui est sûr, c´est que dans tous les cas de figure, tous les scénarios influeront sur le niveau des prix.