L'Expression

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CHEIKH TANTAOUI PARLE DES GROUPES ARMÉS

«Le terrorisme n’a rien à voir avec le djihad»

Incursion théologico-historique dans l’univers des groupes armés.

La présence du maître incontesté de l´Islam sunnite en Algérie a été une occasion pour en savoir plus sur le phénomène islamiste et les groupes armés qui endeuillent le monde arabo-musulman depuis une bonne vingtaine d´années.
En marge de la semaine nationale du Coran, séminaire théologico-politique qui s´est tenu à Sidi Fredj, trois raisons nous ont poussés à faire parler cet homme dont la mesure dans le langage et la douceur dans le geste et le regard renseignent sur des qualités humaines et intellectuelles exceptionnelles. D´abord, il s´agit du doyen et mufti d´El-Azhar, l´instance islamique et religieuse n°1 dans le monde et première référence de l´Islam sunnite dans le monde.
Ensuite, il s´agit d´un homme qui a vécu la quasi-totalité des dogmes, schismes et mouvements radicaux depuis les années 50, qui a assisté à leur montée en force, à leurs distorsions et à leur chute.
Enfin, il s´agit d´un érudit de grande notoriété, et dont le pays, l´Egypte, a été le lit, mieux, le berceau des mouvements extrémistes et radicaux qui ont influé dans une large mesure sur la pensée des groupes armés algériens (Djamaât el-mouslimine; Takfir oual Hidjra; Ikhwan el-mouslimine, etc.)
Le cheikh Sayed Tantaoui ne louvoie pas, il est entier et va directement à l´idée qu´il veut faire ressortir.
Lorsqu´un sujet ou une question lui apparaissent mal à propos, il le dit et les renvoie à un avenir proche.

Où s´arrête l´islamisme et où commence le terrorisme?Je préfère plutôt parler de ce qui est djihad, et de ce qui ne l´est pas, et ce qu´est le terrorisme réellement. Si on se réfère à la vie du Prophète, qui est la source de la jurisprudence musulmane, on constate qu´il a mené, durant toute sa carrière militaire et d´homme d´Etat, 26 batailles (ghazaouet).
Toutes ces batailles (Badr, Uhûd, Tabouk, Beni Nedhir, Beni Qoraïdha ou Beni Qaynouaqâa) étaient menées pour défendre les biens et les personnes. Jamais, au grand jamais, le Prophète n´a commencé une guerre ni n´a été le premier à guerroyer ses ennemis. Il épuisait toujours toutes les voies de recours politiques, faisant concession sur concession, avant de se lancer dans une guerre.
Par ailleurs, lorsqu´il ne prenait pas part à une guerre (qui devient alors, une seriya), il recommandait à ses chefs militaires : «Ne tuez pas une femme, ni un enfant ni un vieillard ne coupez pas un arbre, ne détruisez pas un puits d´eau, ne combattez pas celui qui se cache dans sa maison, ni celui qui se rend.» C´est cela le djihad: c´étaient une défense contre l´ennemi et l´envahisseur, une riposte contre eux, et non une offensive belliqueuse ou quelque démonstration de force haineuse. Et même dans la guerre, il y avait une éthique, une démarche «chevaleresque» («fouroussiya») et «élégante». On ne tue pas un enfant, on ne terrorise pas une femme. C´est indigne d´un homme, et encore plus d´un guerrier.
Cela pour le djihad. Pour ce qui concerne le terrorisme, le mot lui-même est inacceptable. On ne terrorise pas les gens, on ne terrorise pas au nom de Dieu. Le terrorisme est une terreur, une action dont le but est de faire peur, de terroriser, de choquer les gens, et l´Islam interdit tout cela.

Et les groupes armés, alors, qui prolifèrent au nom de l´Islam, qui se crashent sur les villes, qui envoient des jeunes, véritables bombes humaines, se faire tuer dans des attentats-suicide, est-ce un djihad? Est-ce un suicide?Je préfère mieux parler des textes juridiques et des préceptes, non des groupes et des gens. Nous assistons, certes, à une violence au nom de l´Islam. Mais pourquoi, alors cette violence?
On peut considérer le «djihid» comme une action menée contre un ennemi (c´est là un avis personnel) injuste, inique, qui pille les biens, tue les personnes et détruit les maisons. Se faire tuer et tuer des ennemis, considérés dans une logique de guerre comme tels, est une action de dernier recours, désespérée, mais compréhensible. Elle peut être une forme de djihad.
Mais se faire sauter devant un bus bondé de et d´enfants n´est pas «chevaleresque». Que t´a fait l´enfant? Que t´a fait la femme? Le combattant ne choisit pas les cibles faciles ou innocentes. Ces cas-là ne peuvent se prévaloir du djihad, ni de l´Islam d´ailleurs. Ce sont là des actes de terrorisme que tout homme sensé rejette. La plupart des oulémas d´El-Azhar ont eu des joutes serrées et des polémiques appuyées avec les référents doctrinaux des groupes armés. Bien que ces débats passionnés se soient déroulés à huis clos, le peu de chose qui a filtré renseigne sur la volonté réelle des érudits sunnites de contredire et de faire pièce à l´islamisme fondamentaliste de l´aile dite «djihadiste».

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