LA TRANSPARENCE DE LA PRESIDENTIELLE EN QUESTION
Les «5» pour une action commune
C’est la convergence des positions des cinq leaders qui a été à l’origine de cette initiative.
Des sources sûres ont indiqué à L´Expression qu´une importante initiative émanant de cinq candidats à la prochaine élection présidentielle est en gestation. Les promoteurs de cette nouvelle démarche qui vise à assurer un déroulement transparent de la consultation électorale sont Ali Benflis, Mouloud Hamrouche, Ahmed Taleb Ibrahimi, Saïd Sadi et Abdallah Djaballah. Nos sources indiquent, en effet, que ces personnalités politiques, prétendants potentiels à la magistrature suprême, ont engagé une série de contacts aux fins de s´entendre sur un minimum de mesures à même de permettre un déroulement régulier du prochain scrutin présidentiel. Pour ce faire, les consultations vont bon train et on annonce une probable sortie publique des «cinq» avec en main un document destiné à l´opinion nationale, mais surtout aux dirigeants du pays, où il est fait mention d´un certain nombre de préalables, qui conditionneront leur participation à l´élection prévue pour la fin du premier trimestre de l´année prochaine.
On devine aisément que parmi les conditions que poseront les cinq personnalités, le départ de Yazid Zerhouni est en tête de liste. Le remerciement de l´Exécutif Ouyahia et l´installation d´un gouvernement de transition n´est également pas écarté, si l´on en croit nos sources, qui précisent que les contours de ce qu´on pourrait qualifier d´une sorte de mémorandum sont déjà esquissés grâce à des discussions préliminaires entre les initiateurs de la démarche.
Cette initiative a pris forme dit-on, à la suite des déclarations faites séparément à la presse par les cinq protagonistes. En effet, Ahmed Taleb Ibrahimi a, dans les colonnes de L´Expression, clairement affiché son intention d´exiger le départ du ministre de l´Intérieur comme condition incontournable à sa participation à la joute électorale. Plus encore, lors de ses récentes sorties politiques, le président du mouvement Wafa, non agréé par le pouvoir, a mis en garde contre une énième tentative de fraude qui aggraverait la crise que traverse le pays. Malgré les assurances de l´institution militaire qui, via un émissaire, lui a assuré sa volonté de ne cautionner aucun candidat, Ahmed Taleb Ibrahimi ne doute pas moins des intentions de l´administration, actuellement entre les mains d´un proche du chef de l´Etat. Même son de cloche du côté de Djaballah qui, rassuré à propos de la neutralité de l´armée, a, à maintes reprises, revendiqué le départ des ministres de l´Intérieur et de la Justice, personnalités aux avant-postes de l´organisation du scrutin. Dans un récent entretien accordé au journal Al-Hayat, le leader du MRN a fortement souligné l´importance de la transparence du prochain scrutin, en mettant le doigt sur la nécessité de remplacer les hommes censés gérer cette opération électorale. Quant à Mouloud Hamrouche qui, lui aussi, a pris langue avec l´ANP et a reçu la même réponse que les deux autres personnalités citées plus haut, malgré un certain effacement de la scène médiatico-politique, il n´en conditionne pas moins son retour sur la scène par une impartialité de l´administration.
Ali Benflis, officiellement désigné par le FLN à la candidature à l´élection présidentielle, est également concerné par la neutralité d´une administration qui ferme les yeux sur les agissements de ses contradicteurs, lesquels sont acquis aux thèses présidentielles. Le secrétaire général du FLN est, sans doute, la personnalité politique qui a le plus intérêt à ce que l´administration ne soit pas instrumentalisée à l´occasion de la prochaine consultation électorale.
Quant à Saïd Sadi qui ne désespère pas de fédérer les forces dites républicaines, il s´est également exprimé sur la question et a posé les mêmes conditions, à savoir le remplacement des ministres impliqués dans l´organisation du scrutin.
C´est donc la convergence de positions des cinq leaders qui a été à l´origine de cette initiative qui consiste à parler à l´unisson pour avoir un poids réel sur la scène politique nationale. En outre, on signale de mêmes sources que le document, une fois finalisé, sera transmis, non seulement aux autorités politiques du pays, mais aussi aux principaux partenaires de l´Algérie, dont l´Union européenne et autres organisations internationales, histoire de prendre à témoin l´opinion mondiale quant à la nécessité d´un minimum de transparence dans l´organisation du scrutin présidentiel.
Pour l´heure, ce qui est sûr, ce sont les contacts en cours entre les différentes personnalités et on prévoit une officialisation de la « plate-forme » dans le courant du mois de décembre prochain.
Cela dit, cette initiative demeure politique et ne repose sur aucun argument juridique. Rien n´oblige en effet le chef de l´Etat à se séparer d´un de ses ministres ou du gouvernement à cause d´une élection présidentielle.
En tout cas, la Constitution ne prévoit pas un tel cas de figure et Bouteflika est en droit de ne pas rééditer le précédent créé par Liamine Zeroual qui a remanié l´Exécutif à la veille de la consultation électorale d´avril 1999.
Ainsi le chef de l´Etat peut très bien invoquer la Constitution et réserver une fin de non-recevoir au mémorandum des «cinq». Un tel cas de figure est effectivement probable si l´on s´en tient aux différentes déclarations de Bouteflika, Zerhouni et Ouyahia qui, chacun de son côté, mettent en exergue les «avancées notables en matière de démocratie et de transparence électorale depuis 1999». A ce propos, le chef de l´Etat n´a pas cessé de répéter dans la quasi-totalité de ses discours, ainsi que lors d´entretiens qu´il a accordés à la presse étrangère, l´épisode des législatives et des locales, organisées dans le courant de l´année 2002 et qui n´ont pas suscité la protesta constatée en 1997, hormis bien sûr en Kabylie pour des raisons que tout le monde connaît. Mieux, Bouteflika évoque très souvent la satisfaction des partenaires étrangers de l´Algérie, quant au déroulement régulier de ces deux consultations populaires. C´est là le principal argument politique dont dispose le président de la République et qui l´amènerait à refuser les propositions des «cinq».
Seulement la menace de retrait des candidats potentiels serait synonyme d´un «flop politique» pour le chef de l´Etat, pour la simple raison qu´une pareille éventualité viderait la prochaine présidentielle de son sens, avec en sus, un taux de participation ridiculement bas. En effet, même si le chef de l´Etat a pour lui la légalité constitutionnelle, sur le terrain politique par contre l´équation n´est pas aussi simple que cela. C´est à ce niveau que les «cinq» disposent d´une marge de manoeuvre appréciable et sont à même de forcer la main au président qui pourrait accéder à leurs revendications pour assurer une participation notable de l´électorat. Sans quoi, il risque de gouverner le pays pour un second mandat avec moins du quart des voix des Algériens.
En fait, dans ce nouveau bras de fer qui sera engagé dès décembre prochain, chaque protagoniste a ses points forts et ses points faibles, mais force est de reconnaître que l´initiative des «cinq» est de nature à faire réfléchir sérieusement le chef de l´Etat.