EXTRADITION DE RACHID RAMDA EN FRANCE
Les attentats de 1995 remontent à la surface
Il a fallu dix années de combat juridique pour que le Home Office consente enfin à extrader l’Algérien.
Le ministère britannique de l´Intérieur a confirmé, jeudi, que l´islamiste algérien Rachid Ramda, dit Abou Farès, soupçonné d´être le cerveau et le financier des attentats meurtriers de 1995 à Paris, a été remis jeudi aux autorités françaises. «Nous pouvons confirmer qu´il a été remis aux autorités françaises à la suite de la décision » de justice du 17 novembre 1996, a annoncé un porte-parole du Home Office.
Rachid Ramda est arrivé jeudi dans l´après-midi à l´aéroport du Bourget, près de Paris, et était attendu par une importante escorte policière, dont des policiers encagoulés et fortement armés.
Selon l´AFP, Ramda avait été aussitôt après conduit au palais de justice de Paris où un magistrat du parquet devait lui notifier les quatre mandats d´arrêt délivrés à son encontre par la justice française: l´un, correctionnel, pour «association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste», les trois autres, criminels, pour sa participation à trois attentats de 1995.
Le 17 novembre 1996, après une bataille judiciaire de dix ans, Rachid Ramda avait perdu à Londres son ultime bataille pour éviter l´extradition vers la France, qui entend le juger dans le cadre des attentats de 1995 dans le métro parisien (8 morts et 200 blessés au total).
Ramda, 35 ans, dit Abou Farès, soupçonné par les autorités françaises d´être le financier de ces attentats - dont celui qui avait fait 8 morts et 150 blessés à la station Saint-Michel du RER (métro express) - avait utilisé, depuis dix ans, tous les recours pour éviter cette extradition à laquelle un juge avait pour la première fois donné son accord en juin 1996. Après sa présentation au parquet, le président de la cour d´assises de Paris, devant lequel le dossier a été renvoyé, pourrait ordonner un «supplément d´information» pour permettre à un juge d´instruction antiterroriste de l´interroger. Considéré comme un «intellectuel» de la mouvance islamiste algérienne radicale, il est parfois présenté comme l´un des principaux dirigeants du GIA algérien (Groupe islamique armé) en Europe.
Ramda a été condamné à mort en 1993 par contumace en Algérie, où il est impliqué dans l´attentat contre l´aéroport d´Alger qui avait fait 9 morts et 123 blessés, en juillet 1992. Parti se réfugier en Grande-Bretagne, il est devenu un des principaux animateurs du GIA à l´étranger. Dans un livre non publié du cheikh Omar Abdelhakim, plus connu sous le nom d´Abou Mossaâb Es-Souri et intitulé Mon témoignage sur le djihad en Algérie, et étant l´un des rédacteurs de la revue Al Ansar avec le Palestinien Abou Qatada, il parle en abondance d´un certain «Rachid» qui serait un des informateurs de la revue.
Abou Mossaâb Es-Souri devait prendre par la suite ses distances avec Abou Qatada et la revue Al Ansar, à la suite de l´exécution par le GIA de Djamel Zitouni, de Mohamed Saïd et Abderrezak Redjam, les deux représentants du FIS dans l´organisation armée de Zitouni. A la suite de son départ, puis de celui d´Abou Qatada, c´était Abou Hamza El Misri qui prit en charge la rédaction d´Al Ansar pour devenir la référence doctrinale et la couverture théologico-politique d´Antar Zouabri, successeur de Zitouni. Considéré comme étant un «intellectuel» de la mouvance islamiste algérienne Radicaleen Europ, beaucoup estiment qu´il jouit d´une aura factice. Des repentis du GIA ont affirmé qu´à l´époque de Zitouni, le GIA avait certes dépêché des membres en France pour y perpétrer des attentats, dont un certain Abou Farès, mais sont incapables de préciser s´il s´agissait bel et bien de Rachid Ramda. D´autres sources en Algérie précisent qu´Abou Farès avait été envoyé en France sur instigation de Redouane Makador, dit Redouane Abou Bassir, responsables des relations extérieures au GIA.
Les autorités françaises l´accusent aujourd´hui d´avoir financé - entre autres - la série d´attentats en 1995 dans le métro parisien, dont celui de la station (Réseau express régional, RER) Saint-Michel, le 25- juillet, qui avait fait huit morts et 150 blessés.
Agé de 35 ans, Rachid Ramda dit Elyas, alias Abou Farès, a été arrêté en Grande-Bretagne, le 4 novembre 1995 et placé sous écrou extraditionnel à la prison de Belmarsh, au sud de Londres, où sont détenus la plupart des suspects d´actes liés au terrorisme. Malgré l´insistance de Paris en vue de son extradition, il a réussi, jusque-là, à éviter son extradition vers la France en utilisant tous les recours offerts par une ancienne loi britannique.
Selon l´AFP, cet islamiste algérien n´a jamais eu à s´exprimer longtemps devant un tribunal, et son rôle exact dans la structure du GIA algérien (Groupe islamique armé) est encore peu connu, même s´il est suspecté d´avoir été dès 1994 l´un des principaux dirigeants du GIA en Europe.
Homme un peu replet, cheveux noirs coupés courts et collier de barbe, il avait comparu peu après son arrestation en Grande-Bretagne, vêtu d´un sweater vert, d´un jean noir et d´une paire de tennis blanches, portant à la main une couverture cartonnée pour se protéger des photographes. Il était absent au jugement prononcé, jeudi 17 novembre 1996. Réfugié à Londres, il faisait, avant son arrestation, l´objet d´une surveillance soutenue des autorités britanniques, qui le soupçonnaient d´être aussi le rédacteur d´Al Ansar, le bulletin du groupe terroriste.
Le «cas Ramda» attise, d´ores et déjà, les passions pour toutes les tendances sécuritaires, mais son procès demandera plusieurs mois. Le ministre français de la Justice, Pascal Clément, a espéré, jeudi soir, que son procès se tiendrait «dans quelques mois». Le Premier ministre, Dominique de Villepin, s´est «réjoui» de son extradition, «fruit d´une coopération» avec le gouvernement de Tony Blair. «Justice va enfin être rendue, et je pense aux proches, aux familles des victimes, à tous ceux qui ont souffert tout au long de ces années», a-t-il affirmé sur la chaîne de télévision publique France 3.