ALGÉRIENS DE GUANTANAMO
L’étrange décision américaine
Le ministre des Affaires étrangères, Mohamed Bedjaoui, a souvent abordé le sujet avec ses interlocuteurs US.
Les Algériens détenus à Guantanamo n´ont-ils pas le droit de rentrer au pays? L´affaire de l´Algérien, libéré, avant-hier, de la base américaine à Cuba, témoigne du flou qui entoure la décision américaine. Certes, la Bosnie avait été gommée de la liste des pays à choisir pour la réception des six prisonniers algériens de nationalité bosniaque. Mais la surprise, plutôt l´illogisme, demeure toutefois intact! Pourquoi le Pentagone a-t-il opté pour l´Albanie comme pays d´accueil aux trois détenus libérés, dont l´Algérien?
Dans une récente publication du très influent quotidien américain The Washington Post, il a été retenu le fait que les six Algériens de nationalité bosniaque pourraient être extradés vers leur pays d´origine.
Les six Algériens, à en croire le quotidien US, ne seront jamais autorisés à retourner en Bosnie qui leur avait accordés la citoyenneté. Au lieu de cela, «les USA ont demandé à l´Algérie de rapatrier les prisonniers à condition qu´ils soient mis sous surveillance», retient The Washington Post. Farouk Ksentini, président de la Commission nationale consultative de promotion et de protection des droits de l´homme (Cncppdh), interrogé récemment par L´Expression au sujet de cette affaire, a rejeté catégoriquement le «refus», par l´Algérie, de «rapatrier les prisonniers». Le contraire serait plutôt moins surprenant d´après maître Farouk Ksentini. Car, selon ses explications, «l´Algérie n´a jamais abandonné ses ressortissants et a toujours oeuvrer pour faire valoir leurs droits». Plus concrètement encore, le ministre des Affaires étrangères, Mohamed Bedjaoui, a abordé le sujet avec ses interlocuteurs américains, lors de sa visite effectuée à Washington au début de l´année en cours. De ce cheminement découle «l´inimaginable refus des autorités algériennes d´accueillir les détenus», soutient-on. Pourquoi donc le Pentagone préfère jouer la carte de l´Albanie?
Les justificatifs américains qui ont accompagné le choix de ce pays ne tiennent absolument pas la route. Selon l´administration Bush, l´Albanie est le seul Etat qui a accepté d´accueillir les trois détenus, dont l´Algérien, et d´oeuvrer pour réussir leur insertion au sein de la société.
Un discours qui ne plaît pas, d´autant qu´aucune information n´est fournie au sujet des trois détenus libérés, et encore moins leurs véritables identités. L´Algérien fait-il partie des six prisonniers de nationalité bosniaque? L´interrogation demeure toujours sans réponse.
Le Pentagone se contentait d´annoncer que les trois otages libérés sont de nationalité algérienne, égyptienne et ouzbekistanaise. En tout cas, si l´Algérie avait été sollicitée pour accueillir son ressortissant, «son refus serait injustifiable».
25 Algériens croupissent toujours dans la base de non-droit de Guantanamo, dont six naturalisés bosniaques. Ils sont accusés d´activité terroriste et de lien avec l´organisation criminelle d´Al Qaîda. Le 17 janvier 2002, la Cour suprême de Bosnie a ordonné la libération des six Algériens prétextant l´absence de pièces à conviction suffisantes pour leur inculpation. Le même jour, la Chambre bosniaque des droits de l´homme a publié une décision permettant aux Algériens de rester en Bosnie et de ne pas être expulsés. Peu avant l´aube du 18 janvier, les Algériens ont été officiellement libérés. Mais au lieu de retrouver leur liberté, ils ont été remis par la police bosniaque aux militaires américains.