13E ANNIVERSAIRE DE L’UNION DU MAGHREB ARABE
Une décennie de divergences
Le bilan de ces treize années de supposée union est assurément médiocre. L’UMA compte toutefois se rattraper et table désormais, pour concrétiser son union, sur l’«option stratégique».
L´Union du Maghreb arabe a célébré, dimanche dernier, le 13e anniversaire de sa fondation. Treize années d´existence durant lesquelles les cinq pays du Maghreb ont marqué leur volonté d´édifier un ensemble cohérent à l´exemple de l´Union européenne. «Marquer une simple volonté» justement, rien d´autre. En pratique, le bilan de toutes ces années est plutôt médiocre, marqué, souvent, par de sérieuses divergences. Rappelant, dans cet ordre que, durant une bien longue période, évoquer l´union était faire preuve d´un enthousiasme naïf. Le gel qu´a connu l´union durant plusieurs années, la fermeture des frontières entre l´Algérie et le Maroc en 1994 ôtaient, d´ailleurs, tout espoir au plus optimiste. Ces derniers temps, en revanche, une remarquable avancée dans les relations maghrébines a été enregistrée.
Une volonté, assidue, cette fois-ci, semble ainsi animer les dirigeants des pays maghrébins. L´importance de l´édification maghrébine est devenue, par nécessité, «stratégique», pour reprendre la formule de Bouteflika. L´actuel secrétaire général de l´UMA, parle, à son tour, de la poursuite de «l´édification de l´union en tant qu´option stratégique». «Stratégique» est également le qualificatif retenu en Mauritanie, en Tunisie et au Maroc pour marquer l´importance de l´union dans un environnement international empreint d´une globalisation manifeste et d´une réelle tendance vers les fusions en tout genre. Aussi, en vertu de cette option stratégique, les pays maghrébins auront trouvé une raison suffisante pour justifier leur union.
Ils dépasseraient ainsi les divergences qui les séparent et s´uniront parce que c´est dans la force des choses de s´unir pour défendre des intérêts communs. L´idée semble d´ailleurs séduisante. Pour preuve, toutes les capitales maghrébines ont connu, cette année, les expressions d´un mouvement personnifié dans le sens de la dynamisation des différentes structures de l´union. Ce nouveau départ est marqué, souligne le communiqué de l´UMA, «par une volonté d´évaluer l´expérience de (cette dernière) avec ses points positifs et négatifs». Il s´agit, désormais, souligne-t-on encore, de «développer le système de l´UMA, actualiser son arsenal juridique, lui assurer davantage d´efficacité et lui permettre de s´adapter aux nouvelles donnes nationales et internationales». Les observateurs estiment toutefois qu´un tel objectif ne saura se réaliser à partir des nouvelles bases, plutôt économiques sur lesquelles l´UMA entend s´édifier, si l´on n´arrive pas à aplanir certains obstacles élémentaires. La 19e session des ministres des Affaires étrangères de l´UMA, tenue à Alger le 17 janvier dernier, a bel et bien réuni les cinq ministres du Maghreb, le Maroc était notamment représenté. Pour cette raison, la rencontre a été un véritable succès. Aussi, si cette présence témoigne de l´intérêt que porte le Maroc à l´union, elle marque, en revanche, sa détermination de voir les pays du Maghreb admettre la marocanité du territoire sahraoui. «On ne peut envisager une union quelconque si un des pays membres est insécurisé par rapport à son territoire», déclarait, dans ce sens, le 17 janvier dernier, M.Benaïssa, ministre marocain des Affaires étrangères.
Le roi Mohamed VI, s´adressant à ses homologues à l´occasion de ce 13e anniversaire, souhaitait la réalisation de l´union «dans l´esprit de bon voisinage, de la volonté sincère et de la confiance mutuelle».
L´Algérie, privilégiant, elle aussi, l´union «stratégique» semble vouloir écarter le problème. Outrepasser la question sahraouie dans ce cadre, ne l´empêche pas, en revanche, de réaffirmer son appui au plan de paix de l´ONU et aux accords de Houston. C´est pourquoi, elle rejette fermement l´accord-cadre proposé par James Baker et qui consacre «un fait accompli», selon les termes d´Ouyahia, ministre de la Justice. Une prise de position qui déplaît fortement à un voisin dont l´appui français et notamment américain lui est d´ores et déjà acquis.