ENTRANT DANS UNE NOUVELLE ÈRE
L’Otan prépare sa sortie d’Afghanistan
L’Otan va endosser, lors d’un sommet demain et samedi à Lisbonne, une stratégie à haut risque de sortie du bourbier afghan via le transfert progressif de 2011 à 2014 de la responsabilité des opérations aux forces de sécurité locales.
Les dirigeants des 28 pays de l´Alliance atlantique vont, en même temps, prendre acte de son entrée dans l´ère d´un monde multipolaire aux dangers multiformes, en adoptant un nouveau «concept stratégique» qui tire notamment des leçons de l´expérience afghane. Ce document très synthétique doit servir de guide à son action pour les 10 prochaines années. Dans la foulée, samedi, les alliés occidentaux doivent solenniser la relance de leur coopération avec Moscou, à l´occasion d´un sommet Otan-Russie. Un ordre du jour avec des enjeux aussi lourds pour une organisation en quête d´une raison d´être depuis la fin de la Guerre froide, alors que le centre de gravité du monde bascule vers la zone Pacifique, a permis au secrétaire général de l´Otan, Anders Fogh Rasmussen, de qualifier par avance d´«historique» la réunion. «Nous allons entrer dans une phase fondamentalement nouvelle en Afghanistan», avec le lancement du processus dit de «transition», autrement dit l´afghanisation du conflit, neuf ans après l´intervention armée de la coalition conduite par les Etats-Unis, a souligné lundi M.Rasmussen. L´objectif est que la Force internationale de stabilisation, l´Isaf, ne joue plus qu´un rôle de soutien, après avoir laissé district par district, au terme à chaque fois d´une transition de 18 à 24 mois, la direction des opérations à l´armée et la police afghanes. M.Rasmussen a confirmé que ce «processus commencera en début d´année» -ce qui veut dire au premier semestre, à une date et dans une région encore indéterminées- «et (que) si les conditions le permettent, il sera activé en 2014». La décision devrait être avalisée par les responsables des 48 pays - les 28 de l´Otan et 20 autres - participant à l´Isaf, plus le Japon et le président afghan Hamid Karzaï, venus pour l´occasion à Lisbonne. Elle devrait faciliter les premiers retraits de soldats dès l´an prochain, et satisfaire une opinion publique sceptique, surtout en Europe, alors que près de 650 militaires étrangers - un record - ont déjà trouvé la mort en Afghanistan en 2010. Le contingent international a atteint un pic avec quelque 150.000 soldats, ce qui n´a pas empêché les taliban de multiplier attaques et attentats sanglants dans tout le pays. L´Otan est bien consciente du risque, en cas d´échec de sa stratégie, d´obérer sa crédibilité et donc son action future. A Lisbonne, un «partenariat à long terme» avec Kaboul sera entériné, façon d´éviter que l´on parle d´abandon.
Autre résultat attendu du sommet, selon M.Rasmussen: rendre l´Otan «plus efficace» en lui faisant investir dans des domaines «clés», comme les contre mesures en cas d´attaque cybernétique. Mais aussi en approfondissant ses partenariats avec des pays comme l´Australie ou le Japon, voire en dialoguant avec les puissances émergentes comme l´Inde ou la Chine. Tous ces aspects traités par le nouveau «concept stratégique», qui remplacera le précédent datant de 1999. En parallèle, l´Otan autorisera une forte réduction de ses effectifs civils et militaires permanents Enfin, Lisbonne devrait donner le signal d´«un nouveau départ dans nos relations avec la Russie», a déclaré M.Rasmussen. Une étude conjointe va notamment être lancée pour examiner la possibilité de relier le bouclier antimissile russe à celui, à venir, de l´Alliance, un changement notable d´attitude de Moscou. Les 28 alliés auront, au préalable, pris la décision de principe de créer leur propre système antimissile destiné à protéger les territoires et populations d´Europe.