TOUT EN CAMOUFLANT SON CUISANT ECHEC DIPLOMATIQUE
Mohammed VI veut négocier avec Bouteflika
Encore groggy par la nouvelle, la presse de Sa Majesté a juste passé les «<I>dépêches officielles</I>» de la MAP en attendant de voir comment revenir à la charge.
La diplomatie française n´a rien pu faire pour empêcher le triomphe de la raison et du droit international. Ainsi, le Conseil de sécurité onusien a-t-il adopté à l´unanimité la résolution 1495 prévoyant un référendum d´autodétermination du peuple sahraoui dans les cinq années à venir, prorogeant au passage de 3 autres mois le mandat de la Minurso, force internationale d´interposition entre les forces sahraouies et les troupes d´invasion marocaine. La presse de Sa Majesté, qui avait été préparée à des résultats moins «médiocres», n´a pas encore réagi, se contentant de passer les laconiques dépêches officielles en attendant de voir venir les choses. Le représentant permanent du Maroc à l´ONU, Mohamed Benouna, a tenté de sauver les meubles en indiquant, sans trop de conviction, que des concessions de dernière minute auraient été faites au Maroc et à ses alliés français avant que l´adoption ne soit enfin devenue possible. La chose semble toutefois impossible puisque l´Algérie, dans une réaction officielle, indique que cette résolution est de la même veine que celle de 91, garantissant le droit du peuple sahraoui à l´autodétermination. Or, c´est précisément de référendum que le Maroc refuse toujours d´entendre parler. Il faut croire, donc, que le Palais royal tente de tourner à son avantage ce qui, visiblement, est une de ses plus cuisantes défaites depuis que la diplomatie algérienne est revenue sur le devant de la scène internationale pour y jouer régulièrement et avec brio les tout premiers rôles.
Le président sahraoui Mohamed Abdelaziz a, lui aussi, salué l´adoption unanime de cette résolution alors que le secrétaire général de l´ONU a remercié la « coopération et la grande disponibilité » manifestée de bout en bout par l´ensemble des dirigeants de la Rasd (République arabe sahraouie démocratique). Le président de la Rasd a, au passage, épinglé la diplomatie hexagonale qui, il faut le dire, n´a guère honoré les grandes valeurs humaines et humanitaires censées être portées et défendues par cette grande nation: «La France, qui a brillé au cours des débats au sein du conseil par sa partialité et son parti pris en faveur du Maroc dévoile à la face des peuples du Maghreb que décidément elle ne veut pas d´une paix juste et définitive dans cette région qui lui est si proche.» Le Maroc, qui sait la partie définitivement perdue pour lui, tente de sauver les meubles ainsi que son honneur bafoué au moment où il fait face à une poussée islamiste ne menaçant rien moins que le trône lui-même.
Ainsi, Mohamed Benouna a-t-il insisté sur le fait «que rien n´a été imposé au Maroc». Le communiqué officiel rendu public par la diplomatie chérifienne s´accroche désespérément à quelques épaves tout en acceptant le fait que le processus, désormais, est devenu immuable.
Le communiqué, en effet, insiste sur la «nécessité de parvenir à une solution politique, nécessairement négociée et préalablement agréée par les parties avant sa mise en oeuvre». Il n´en ajoute pas moins, tranchant quand même avec le discours orgueilleux et triomphaliste d´il y a à peine deux jours, «son refus du plan de paix, (en identifiant) certaines faiblesses intrinsèques (et relevant) les risques majeurs que plusieurs de ses dispositions font courir à la stabilité et à la sécurité de la région».
Le ministre marocain des Affaires étrangères, Mohamed Benaïssa, faisant carrément profil bas dans un entretien accordé à l´agence MAP, indique que «le règlement de la question du (Sahara occidental) ne peut se réaliser que par la voie du dialogue et de la négociation entre nous et l´axe actif et effectif dans ce différend, à savoir l´Algérie».
Nul doute que le palais de Mohammed VI, qui avait longtemps boudé le Palais d´El-Mouradia, va multiplier les entreprises de rapprochement, et même de remise sur les rails du processus d´édification de l´UMA sans lui opposer ce fameux préalable de règlement «durable et définitif» de la question du Sahara occidental.