DÉTENTION ILLIMITÉE À GUANTANAMO
Une initiative «inquiétante» et «risquée» pour Obama
La création d´un régime de «détention Illimitée» sans procès aux Etats-Unis pour ceux des détenus de Guantanamo qui ne seront ni inculpés ni libérés, telle qu´évoquée jeudi par Barack Obama, est extrêmement «inquiétante» et «risquée», affirment des spécialistes. Le danger est «d´institutionnaliser Guantanamo sur le sol américain», explique Sarah Mendelson, experte au Centre des études stratégiques et internationales à Washington. Parlant d´un «beau bazar» laissé en héritage par George W.Bush, M.Obama a affirmé pour la première fois jeudi que son équipe étudiait l´avenir d´une «troisième catégorie de détenus»: ceux qui sont jugés trop dangereux pour la sécurité des Etats-Unis pour être relâchés mais contre lesquels les preuves sont insuffisantes pour justifier un procès. Il a évoqué une détention illimitée tout en promettant de le faire dans les règles, sans chercher à «éviter le cadre juridique légal», comme son prédécesseur a pu le faire. «C´est un chemin bien dangereux», estime Michael Ratner, directeur du Centre pour des droits constitutionnels (CCR), une organisation qui défend de nombreux détenus de Guantanamo. «Parce qu´il était membre des taliban ou de groupes associés, on devrait être autorisé à détenir quelqu´un pour toujours? C´est insensé, nous avons un système pour poursuivre les gens en justice, on n´emprisonne pas des gens pour toujours parce qu´on les soupçonne de terrorisme. Cela n´a jamais été vu dans le monde occidental, quel serait ce précédent?», s´énerve-t-il auprès de l´AFP. Ce serait «créer une dangereuse faille dans notre système judiciaire en singeant l´approche excessive de l´administration Bush pour combattre le terrorisme», regrette de son côté l´organisation de défense des droits de l´homme Human Rights Watch dans un communiqué. Pour la plupart des personnes interrogées, le président américain, concentré sur la résolution de la crise économique et sociale, subit de multiples pressions qui l´amènent à revenir sur ses promesses de campagne. «Il est tiré sur sa droite par les républicains et certains démocrates lâches, mais il est également sous la pression des agences de renseignement et du département de la Défense», dont le secrétaire Robert Gates, qui était déjà en poste dans l´administration Bush, analyse David Remes, avocat d´une quinzaine de détenus de Guantanamo. Quoiqu´il en soit, si «ce n´est pas encore chose faite», rappelle Sarah Mendelson, l´idée d´une détention illimitée est «malvenue». Elle prédit notamment que «la création d´un nouveau système juridique sera contestée devant les tribunaux comme le précédent système l´a été», sous George W.Bush. «Nous parlons d´années» de bataille juridique à venir, assure M.Ratner, en rappelant que la résurrection des tribunaux militaires d´exception serait également contestée jusqu´à la Cour suprême si nécessaire. Pendant les huit années de «guerre contre le terrorisme» de l´administration Bush, la Cour suprême lui a par trois fois donné tort. En parallèle, «si l´administration veut enfermer des hommes indéfiniment, nous continuerons à contester cette détention devant les tribunaux fédéraux», assure M.Remes. Depuis juin 2008, la Cour suprême a autorisé les détenus de Guantanamo à contester leur emprisonnement devant la justice de droit commun. M.Obama s´est engagé jeudi à libérer ceux des prisonniers de Guantanamo que la justice aurait déclaré illégalement détenus.