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Sciences médicales en anglais dès la prochaine rentrée

Un remède trop brutal ?

Opération à cœur ouvert dans notre université. Exit la langue de Molière, place à celle de Shakespeare. Un bouleversement du cadre mental et professionnel des enseignants, qui provoque un profond malaise…

De docteur à doctor ! Exit la langue de Molière. Dès la rentrée prochaine, les sciences médicales seront enseignées en anglais. L’Algérie franchit ainsi une nouvelle étape dans la transition du français vers l’anglais, amorcée il y a trois ans. Le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique a, en effet, ordonné que tous les cours de première année en médecine, chirurgie dentaire et pharmacie soient, désormais, dispensés dans la langue de Shakespeare. Sur le fond, l’objectif est louable. Il s’agit de s’aligner sur les standards internationaux, où l’anglais domine la recherche scientifique et la formation médicale. Mais sur la forme, cette décision soulève de nombreuses interrogations quant à sa mise en œuvre. La méthode adoptée surprend même les spécialistes, notamment les professeurs de médecine, en première ligne de cette réforme. Beaucoup s’interrogent sur la brutalité de ce changement. Car il ne s’agit pas d’un simple ajustement, mais bien d’une véritable révolution pédagogique, d’un bouleversement du cadre mental et professionnel des enseignants. Cela remet en cause un écosystème académique installé depuis des décennies. Sommes-nous prêts ? Avons-nous les compétences nécessaires ? Le personnel est-il suffisamment formé ? Des formations à l’anglais ont certes, été lancées par la tutelle, mais on ne devient pas anglophone du jour au lendemain. Ce sont des sommités du savoir qui, depuis 30 ou 40 ans, ont étudié, rédigé leurs thèses et mené leurs recherches en français. On ne reprogramme pas un esprit formé dans une langue comme on met à jour un logiciel. Ce ne sont pas des machines. Même formés, même certifiés, ils risquent de buter sur les subtilités de la langue, ce qui pourrait nuire à la clarté de l’enseignement. Et n’oublions pas qu’il s’agit ici d’un domaine sensible, celui de la santé, où une mauvaise compréhension peut avoir des conséquences dramatiques. Il faut des enseignants réellement à l’aise en anglais, capables de transmettre efficacement leur savoir, sans approximation. La tutelle précise que seuls les professeurs ayant atteint les niveaux B2 ou C1 du cadre européen seront prioritaires pour assurer les cours. Cela signifie-t-il que l’on va écarter des professeurs chevronnés, encore pleinement capables d’enseigner, sous prétexte qu’ils ne maîtrisent pas assez l’anglais à leur âge ? Et les étudiants dans tout cela ? Sont-ils prêts à suivre des cours en anglais ? De l’avis de nombreux spécialistes, la réponse est non. Les premières générations ayant étudié l’anglais dès le primaire sont encore... au primaire. On prétend récolter les fruits d’une réforme qui n’a même pas encore porté ses premières pousses. On met clairement la charrue avant les bœufs. Que va-t-on leur enseigner s’ils ne comprennent qu’un mot sur deux ? Et une fois dans la pratique, les patients vont-ils s’exprimer en anglais pour décrire leurs symptômes ? Les ordonnances seront-elles rédigées en anglais ? Comment les pharmaciens, formés en français, vont-ils s’y retrouver dans ce brouhaha linguistique ? L’Algérie a lancé son processus d’arabisation dans les années 1970. Plus de cinquante ans plus tard, celui-ci reste inachevé, et le français continue d’occuper une place dominante. Si nous n’avons pas réussi à arabiser totalement un pays arabophone, comment prétendre lui donner un accent « british » en si peu de temps ? Il faut aussi se demander pourquoi les sciences médicales ont échappé à l’arabisation. Ce n’est pas un hasard. C’est une question de faisabilité. On ne peut pas prendre à la légère un tel changement, surtout dans un domaine aussi stratégique. Il aurait été plus sage de consulter les principaux concernés, de mettre en place une feuille de route, des comités d’experts, des classes pilotes. Bref, de préparer le terrain sérieusement. Une réforme de cette ampleur ne peut être imposée du jour au lendemain. Il faut du temps, de la concertation, de la méthode. Car ce n’est pas une simple décision administrative. C’est un véritable défi national. Et ce n’est pas avec du populisme qu’on propagera l’anglais en Algérie. On est face à une urgence linguistique, le remède est trop brutal…

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