XAVIER DRIENCOURT, AMBASSADEUR DE FRANCE EN ALGÉRIE, À PROPOS DE LA LOI SUR LES INVESTISSEMENTS
«Nous sommes inquiets»
Quelques mois après sa nomination au poste d´ambassadeur de France en Algérie, Xavier Driencourt a bien voulu répondre aux questions de L´Expression. Le diplomate français revient dans cet entretien sur les sujets liés aux visas, de l´UPM, la mémoire, les relations économiques et sur la visite du Président Abdelaziz Bouteflika à Paris, prévue pour le mois de juin prochain.
M.Driencourt annonce que la France proposera des projets «plus ambitieux» aux Algériens en ce qui concerne la délivrance du visa.
Xavier Driencourt: La mission de M.Poniatowski était importante puisque président de la commission des Affaires étrangères, il a une vision globale de l´ensemble des sujets de politique internationale. Il a pu donner à ses interlocuteurs algériens, parlementaires comme ministres, son point de vue sur de nombreux sujets concernant, soit les relations bilatérales, soit les affaires mondiales, l´UPM, l´entrée de la France dans l´Otan, etc. Il a également lancé le principe de la création d´une grande commission algéro-française afin de développer une «diplomatie parlementaire». Cette démarche se justifie par la nécessité d´une «diplomatie parlementaire active» entre les deux pays. La France a deux grandes commissions parlementaires: l´une avec la Russie et l´autre avec le Canada; l´idée aujourd´hui est de créer la troisième avec le Parlement algérien le plus rapidement possible.
Nous considérons que la délivrance des visas aux Algériens est un sujet important et elle doit être facilitée. Dans le même esprit, notre souhait est que les Français qui veulent venir en Algérie, ou ceux qui y sont établis, puissent bénéficier de procédures analogues. C´est une question de réciprocité.
Le 8 Mai 1945 est la fin de la Seconde Guerre mondiale. En Algérie, cette date commémore aussi des événements tragiques et regrettables qui ont eu lieu à Sétif. Mes prédécesseurs ont, comme vous le savez, qualifié ces événements de «tragédie inexcusable» et de «crimes impardonnables». Ils ont évoqué la très lourde responsabilité de l´Etat français. Je fait miennes, bien évidemment, leurs déclarations sur ce sujet douloureux.
Les sujets qui seront évoqués entre le Président Bouteflika et le Président Sarkozy concernent l´ensemble des relations bilatérales, notamment les conditions de circulation des personnes, les relations économiques entre les deux pays, la présence française en Algérie, et aussi sans doute, les questions liées à la mémoire commune. Il faut qu´ensemble, parce que l´un et l´autre partagent cette vision, ils construisent l´avenir de nos relations qui sont et doivent rester exceptionnelles.
Avec l´Algérie, nous souhaitons être créatifs, proposer quelque chose qui, peut-être, sera différent, plus ambitieux que ce qui a été proposé aux Tunisiens compte tenu de la relation très particulière entre la France et l´Algérie.
Nous n´avons pas de chiffres pour les Algériens en situation irrégulière qui, étant des clandestins, ne sont, par définition, pas comptabilisés.
En ce qui concerne l´indemnisation des victimes des essais nucléaires, nous n´en sommes à ce stade qu´au projet de loi. Le texte sera examiné par les deux assemblées parlementaires. Je dois indiquer qu´il n´y aura pas de discrimination entre les victimes algériennes des essais nucléaires et les victimes françaises. En ce qui concerne la procédure, il y aura sans doute, j´imagine, une commission qui estimera la pathologie et fixera l´indemnisation.
L´UPM est un projet très important pour notre politique internationale mais aussi pour les peuples de la Méditerranée. J´ai bien noté que M.Medelci a la même vision et souligne que l´Algérie appartient à l´UPM et soutient le processus de l´UPM. Même si, comme vous le faites remarquer, la situation au Proche-Orient complique le processus, celui-ci reprendra et nous sommes confiants à cet égard.
C´est à l´Algérie seule de décider si elle souhaite présenter un candidat au poste de secrétaire général. J´ai compris que cela n´est pas d´actualité.
Bien sûr, il serait intéressant que le secrétaire général représente la partie occidentale du sud de la Méditerranée.
La crise maltraite la France comme d´autres pays. D´un côté, des entreprises françaises qui ont beaucoup de problèmes à gérer sur le territoire métropolitain, peuvent ne pas souhaiter s´engager à l´étranger, en Algérie notamment, pour des raisons générales, d´un autre côté, elles peuvent trouver un intérêt évident à investir en Algérie: les besoins sont immenses, la main-d´oeuvre est de qualité et francophone, et l´accueil fait aux entreprises françaises, chaleureux.
Ceci dit, la réglementation algérienne concernant les investissements étrangers doit être précisée pour assurer la visibilité juridique nécessaire aux investisseurs. J´ai en tête un ou deux gros projets par des entreprises françaises qui ne demandent qu´à venir en Algérie, pour peu que les conditions soient précisées.
Notre souhait est que, bien sûr, la France non seulement «reste dans le jeu», par rapport aux autres investisseurs, asiatiques notamment, mais qu´en plus, elle consolide sa place. Nos entreprises en ont la vitalité, le savoir-faire et le dynamisme.
Effectivement, les investisseurs étrangers, et pas seulement français, manifestent leurs inquiétudes sur la réglementation algérienne en matière d´investissements.
Les entreprises françaises, industrielles ou bancaires sont préoccupées, mais aussi les entreprises d´autres pays européens, des Etats-Unis.
Elles souhaitent, et c´est notre intérêt commun, avoir une visibilité à moyen et long termes, sur les projets d´investissements en Algérie.