AUDITION DE L’EX-WALI DE BLIDA
S’achemine-t-on vers un grand procès?
Il pointe du doigt ceux, nombreux, qui avaient profité du foncier et qui ne sont pas encore inquiétés.
L´ex-wali de Blida a été convoqué mardi devant le procureur général de Blida pour être auditionné dans le cadre de l´enquête lancée par le parquet sur le foncier, la corruption et la conclusion de transactions frauduleuses. Derrière cette énième audition, peut-être la dernière depuis l´éclatement au grand jour de l´affaire dite Bouricha au début de l´année passée, se dessine l´esquisse d´un autre grand procès impliquant un commis de l´Etat aux répercussions multiples touchant beaucoup d´intérêts.
En tant que tel, le processus engagé s´il est attendu avec un vif intérêt par la population locale pour connaître toute la vérité, suscite aussi des craintes dans l´autre camp, c´est-à-dire des gens impliqués de près ou de loin dans cette affaire qui semble s´abattre sur eux telle une avalanche susceptible de tout emporter sur son passage. Cela risque d´ouvrir la boîte de Pandore qui éclaboussera tout sur son chemin et mettra à nu des choses surprenantes.
Aussi, le face-à-face entre la justice d´un côté et ce dernier est inévitable. Très timide au début et même carrément éclaboussé et abattu, l´ex-wali tente de donner une autre image que celle d´un responsable corrompu pris en flagrant délit et ne trouvant rien à redire. Il s´efforce à changer de cap et ose se défendre avec la dernière énergie en repoussant les reproches et les accusations et en jouant la carte de la légalité et parfois même en se faisant la victime d´une «cabale montée contre lui par certains cercles».
Pour lui, les décisions de cession des terrains aux industriels ont été correctes même s´il sait qu´il avait bien transgressé la loi en vigueur qui exige de passer par les enchères publiques au lieu du gré à gré. De plus, les prix de vente ont été curieusement très bas permettant à l´acquéreur de gagner beaucoup d´argent aux dépens du Trésor public. De même, il veut se mettre au-dessus de la mêlée pour la surfacturation de l´achat des effets vestimentaires en soutenant que les procédures réglementaires tels les bons de commande sont de la responsabilité des services et directions concernés. Il devra toutefois répondre à deux preuves à conviction, l´achat d´un véhicule de luxe appartenant au principal bénéficiaire des factures gonflées et la déclaration de l´ex-Dal affirmant avoir été l´objet d´une pression de l´ex-wali et de son fils pour engager et faciliter le règlement des factures.
Enfin, il tente de s´assumer pour l´achat des trois villas acquises selon lui dans un cadre ordinaire avec ses fonds propres. Seulement, il devra s´expliquer sur le fait que deux villas avaient un rapport avec des personnes citées dans ce scandale.
Dans cette perspective, la justice cherche à avoir le maximum d´atouts à faire valoir pour présenter un dossier consistant, ce qui est un procédé normal. Toutefois, cela est perçu différemment par la défense pour laquelle, le cas Bouricha est défendable. Pour maître Boutarek qui s´abstient de dévoiler le contenu des audiences car tenu par des obligations de réserve, il s´est limité à dire que rien n´est joué pour le moment et s´étonne de ce qu´écrit la presse. «A bien la lire, dit-il, mon client est condamné d´avance» ajoutant «c´est aller vite en besogne». Une façon de dire que la bataille engagée va être rude.
L´ex-wali, lui-même, veut donner à son cas une connotation politique et accuse ouvertement certains «cercles d´en haut de vouloir préparer un dossier sur mesure». Quels sont ces cercles et quels intérêts cachent-ils? Bouricha menace aussi comme l´avait fait avant lui l´ex-wali d´Oran de tout dévoiler le jour «J». Il pointe du doigt ceux, nombreux, qui avaient profité du foncier et qui ne sont pas encore inquiétés.
Dans le sillage de l´ex-wali, ces derniers tentent de retenir leur souffle. Pour le moment, une dizaine d´industriels et hommes d´affaires ont été touchés par l´enquête ou des poursuites judiciaires. Jusqu´où peut aller cette affaire qui touche beaucoup d´intérêts et qui probablement ne va pas s´arrêter à mi-chemin?
Eux aussi tentent de se défendre en mettant au devant le fait que les achats fonciers ont été «légaux en contribuant au développement de l´investissement local». Ils citent même l´apport du partenariat étranger, l´installation de complexes et la création d´emplois. «C´est maintenant qu´on nous demande des comptes après avoir tant dépensé», dit un industriel impliqué. Un autre engagé avec une multinationale dira que «nous avons travaillé selon l´orientation du président de la République pour le développement local. On s´est plié en quatre pour tout préparer: l´achat avec beaucoup de difficultés du terrain qui ailleurs chez nos voisins est facilement octroyé, l´engagement propre de nos fonds, la conclusion d´un partenariat étranger suite à de longues négociations et l´espoir de mettre en valeur toute une région et voilà que tout part en fumée à cause d´une affaire de terrain», dit-il amèrement. A titre d´exemple, un grand complexe de briqueterie de niveau mondial construit avec l´aide des Espagnols pour un montant de plus de 30 millions d´euros pouvant employer un millier de personnes et contribuer à la «réalisation du million de logements dans le cadre du programme du président», selon l´affirmation de son directeur et prêt à démarrer prochainement est concerné par cette affaire. Il avait reçu la visite de plusieurs responsables au niveau ministériel pour l´encourager en le traitant de «partenariat exemplaire».
Un autre dira qu´au lieu de nous punir pour avoir osé, il faudra retourner l´accusation contre les tenants de la bureaucratie qui font tout pour empêcher la mise en valeur de centaines de hangars et de lots de terrains qui végètent depuis des dizaines d´années causant à l´économie d´énormes pertes et autant de manque à gagner.
En somme, l´ouverture de l´enquête sur l´ex-wali que d´aucuns présentent comme une simple affaire d´escroquerie et de malversation, suscite un vrai débat sur l´ouverture de l´économie dans une région sensible, s´agissant en particulier de la gestion du foncier, la passation de marchés et le respect de la loi. Ce à quoi répondent les gens qui veillent à la légalité : «La justice et rien que la justice.».