Une grève générale est prévue à Sidi Bouzid
Les Tunisiens ont maintenu leur pression afin de «chasser» les ministres issus du régime Ben Ali.
Alors que le remaniement du gouvernement, annoncé par un membre de l´Exécutif tunisien, a tardé à venir dans la journée d´hier, la contestation populaire ne s´essouffle pas. Des centaines de manifestants ont continué à protester à Tunis, ainsi que dans d´autres régions du pays. Ni affaiblis ni désarmés, les Tunisiens ont maintenu leur pression sur le gouvernement afin de «chasser» les ministres issus du régime de l´ancien président Zine El Abidine Ben Ali. Hier, des milliers de manifestants sont sortis dans la ville de Sfax suite à l´appel lancé par la section régionale du Syndicat général des travailleurs tunisiens, Ugtt, à observer une journée de grève générale. Dans cette ville, ils étaient des milliers de personnes à sortir pour demander la dissolution du gouvernement. Concernant le mouvement de grève, le syndicat a annoncé que son appel a été largement suivi et que tous les secteurs ont été paralysés dans la journée d´hier. Selon la même source, un service minimum a été assuré dans certains secteurs, comme celui de la santé, notamment. Une action similaire est envisagée par le syndicat pour la journée d´aujourd´hui dans la localité de Sidi Bouzid, foyer d´où sont parties les premières manifestations. «Il y aura une grève générale demain à Sidi Bouzid et une manifestation pour faire tomber le gouvernement», a annoncé le secrétaire général adjoint de ce même syndicat. Ayant réussi à paralyser Sfax, les responsables syndicaux de cette ville ont appelé leurs adhérents à rejoindre aujourd´hui, les milliers de manifestants qui font un sit-in devant les bureaux du Premier ministre pour exiger le départ de son équipe. Cette mobilisation sera un renfort de taille pour les protestataires dans la capitale. Hier, des centaines de personnes, dont de nombreux jeunes venus des régions révoltées et déshéritées du centre du pays, ont passé leur troisième nuit consécutive, sous les fenêtres des bureaux du Premier ministre Mohammed Ghannouchi. La tension est montée d´un cran hier, entre les manifestants et la police antiémeute. Cette dernière a tiré des grenades de gaz lacrymogène sur des manifestants qui tentaient de forcer un barrage bloquant un accès à l´esplanade où se situent les bureaux du Premier ministre, a rapporté l´AFP. Les manifestants avaient tenté d´arracher, à mains nues, un premier barrage de fils de fer barbelés et jetaient des pierres sur les brigades antiémeute pour les repousser. Cette «provocation» n´était que le début d´une série d´affrontements entre les deux parties. Selon la même source, l´armée n´est pas intervenue lors de heurts entre policiers et manifestants. Dans un autre registre, le ministre tunisien de la Justice, Lazhar Karoui Chebbi, a annoncé l´arrestation, depuis le début des événements dans ce pays, de près de 700 personnes soupçonnées de «sabotage, agressions et pillages», a précisé le ministre lors d´une conférence de presse, rapportée par les agences de presse. Parmi ces personnes, 133 ont été remises en liberté conditionnelle, dont 31 ont été blanchies par l´enquête. S´agissant des détenus, le ministre a annoncé le décès de soixante-quatorze prisonniers au cours du mois de cette révolte populaire. Le ministre de la Justice a lancé un appel aux 11.000 prisonniers qui se sont évadés lors des récents événements en Tunisie à réintégrer leurs prisons. Il a précisé qu´il y avait 31.000 personnes détenues dans les prisons, dont 11.029 se sont enfuies parmi lesquelles 1532 détenus se sont rendus spontanément à la suite du premier appel.